La compulsion de répétition est-elle inéluctable ?

La question que beaucoup d’entre nous se posent en voyant le comportement des jeunes femmes ayant vécues et subits des comportements au minimum dits inappropriés  est celle-ci : pourquoi    restent-elles dans le même schéma, au lieu de fuir un contexte perturbant notamment dans les familles et dans le milieu du travail ? 

Voici ce qu’on peut dire : un traumatisme relationnel ne fonctionne pas comme une simple leçon rationnelle. Une personne blessée ne sort pas automatiquement du système qui l’a blessée, surtout lorsque ce système est lié au désir d’être aimée, reconnue, choisie, admirée, ou simplement de survivre psychiquement et matériellement.

Dans beaucoup de cas, la première expérience douloureuse ne produit pas une alarme claire mais une confusion intérieure : la personne finit par associer tension, domination, séduction, attente, peur de perdre, et validation affective. Ce qui est malsain devient paradoxalement familier.

Or le psychisme humain retourne souvent vers le familier avant d’aller vers le sain. C’est ce qu’on retrouve dans les répétitions affectives, les schémas familiaux, ou ce que certaines approches psychologiques qu’on appelle compulsion de répétition. On rejoue inconsciemment quelque chose, parfois dans l’espoir de le maîtriser enfin, de transformer l’issue, ou parce qu’on ne sait plus reconnaître ce qui est normal.

Dans le milieu du show-business par exemple, cela est amplifié par des mécanismes très puissants : fascination narcissique, promesse de reconnaissance, compétition, dépendance financière, pression du groupe, banalisation des abus, et surtout, confusion entre désir personnel et système de pouvoir. Beaucoup de jeunes femmes arrivent avec un idéal : réussir, être vues, exister socialement, parfois sortir d’un milieu difficile.

Le problème est que certains univers fonctionnent précisément sur l’ambiguïté, les rapports de domination flous, le chantage affectif ou symbolique, et l’idée que “tout le monde accepte cela”. Lorsqu’on est jeune, isolée, ou psychologiquement fragile, on peut finir par croire que la violence est le prix normal à payer pour rester dans le jeu.

Ensuite, quitter un milieu toxique n’est pas toujours vécu comme une libération. Pour certaines personnes, ce serait aussi vivre un effondrement identitaire : “si je pars, qui suis-je encore ?”, “tout ce que j’ai construit, ne servirait à rien”, “j’ai souffert pour rien”.

Rester permet parfois de maintenir un sens, même douloureux : porter plainte des années plus tard peut alors correspondre non pas à une contradiction, mais au moment où la personne parvient enfin à nommer ce qu’elle a vécu, lorsqu’elle n’est plus totalement sous emprise psychique, professionnelle ou affective.

Il faut aussi ajouter que les traumatismes anciens fragilisent souvent le repérage des limites : une personne ayant grandi dans des contextes d’insécurité affective, de dévalorisation, d’abandon, ou de confusion relationnelle, peut avoir beaucoup plus de difficulté à détecter tôt les comportements prédateurs, non parce qu’elle est “faible”, mais parce que son système intérieur a appris à normaliser certaines violences, ou certaines ambiguïtés (affaires en cours d des criminelles sexuels).

Ce qui paraît immédiatement alarmant pour quelqu’un d’extérieur, peut être ressenti par elle comme “connu”, donc moins identifiable. Enfin, beaucoup restent parce qu’elles espèrent encore être reconnues par le même monde qui les a détruites.

C’est une contradiction humaine fréquente : on cherche parfois la réparation, exactement à l’endroit où la blessure a été produite.

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