Femmes au foyer : une absence de reconnaissance

Mai est le mois traditionnel pour les manifestations au niveau des problémes  sociaux couronné par la fête des mères, seul jour de l’année où l’on se rappelle qu’elles existent, en tant que pilier de la société : je pose ici le problème de la question des femmes au foyer qui est totalement éclipsée par le féminisme dominant qui se concentre uniquement sur la question des stéréotypes de genre et sur l’accès des femmes au marché du travail , marché qui comme on le sait ne fait pas la part belle aux femmes : pas d’horaires aménagés et même pire horaires de nuit pour « les techniciennes de surface » dans les bureaux, rare télé-travail, salaires inférieurs, manque de formation, de plus en plus de scandales de négligence ou/et d’abus au niveau des personnels de crèches et des animateurs extra-scolaires ou autres animateurs dans les « colonies de vacance ».

On doit également ajouter le problème particulier des femmes  d’agriculteurs qui travaillent sur leur lieu de vie et qui ne peuvent souvent pas dégager de salaire. Donc, ce sujet concernent bien plus de femmes qu’on le pense, étant donné le parcours de travail décousu des vies de femmes. On  sait que la moitié de la population est faites des femmes qui n’ont que rarement voix au chapitre de leur bien-être et de celui de leurs enfants. Cependant la flatterie des gouvernants se tourne vers elles pour qu’elles se mettent à la fois à produire, à agir, et à materner mais sans argent et sans moyens suffisant de garde convenable. Il y a de ce fait une délégation des responsabilités qui se fait dans les familles de plusieurs enfants où l’ainé(e) surtout si c’est une fille,  est parentifié beaucoup plus que nécessaire.  Il s’ensuit que voyant le souci dans lequel leur mère est embarquée, des jeunes trop tôt parentifiès se mettent à détester cette société injuste et, à faire un pas de côté pour obtenir de l’argent par tous les moyens. Chaque génération a connu cela, rien ne change et cela devient même pire.

Beaucoup de femmes, qui le peuvent et en se privant,   choisissent d’élever leurs enfants, mais ce choix ne signifie pas qu’elles renoncent à une reconnaissance financière. Le raisonnement se fait souvent du fait du niveau du salaire pour un travail proposé , qui ne couvre pas les dépenses de gardes des enfants, de transports, etc. 

Le travail domestique et éducatif n’est pas rémunéré, alors qu’il est indispensable à la société. Contrairement à une idée répandue, les allocations familiales ne sont pas un « salaire » pour la mère, mais une aide destinée aux enfants, qui ne commence qu’au second, et n’est valable qu’à partir du troisiéme  dans les faits  Pour celles qui ont  deux enfants, l’aide   plus faible ne compense pas l’absence de revenu, et comme les mères célibataires sont nombreuses, un seul enfant peut déjà être une lourde charge. De toutes façons cette apport est pour l’éducation des  enfants.

Avant la réforme  des retraites, les femmes bénéficiaient de 2 trimestres supplémentaires par enfant pour compenser les interruptions de carrière dues à la maternité. La réforme des retraites a  supprimé ces trimestres, ce qui pénalise directement les mères qui ont consacré du temps à la charge de l’éducation de leurs enfants. Cette mesure allonge la durée de cotisation nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein, sans prendre en compte le travail effectué au sein du foyer.

Dans le débat féministe dominant, la priorité a été mise sur l’émancipation par le travail salarié et la lutte contre les inégalités professionnelles qui est une vision de la liberté basée sur l’indépendance matérielle. Cette approche a trop peu pris en compte les femmes qui choisissent le foyer, contribuant à les rendre invisibles dans les politiques publiques

Beaucoup de femmes ayant choisi – ou accepté – de se consacrer principalement à la famille ont  eu le sentiment d’être regardées comme “moins modernes”, moins accomplies ou moins conscientes politiquement. On peut même dire qu’elles sont méprisées par celles qui n’ont pas fait le même choix, parce que le travail au foyer est sous estimé puisqu’ on valorise la femme « qui fait un travail d’homme ». On ne se demande pas si c’est la grand-mère qui garde et soigne le petit. D’autre part la tentative de faire élever les enfants par le père qui avait pris dans les années 80, a dans les pays méditerranéens,  souvent débouché sur des hommes rabaissés (même par les femmes) et c’est leur carrière a eux qui en a subit le contre-coup..  

Mais la situation est plus complexe que l’analyse de la question de l’égalité homme-femme,  car ces mêmes femmes au foyer ont souvent été, dans les faits, indispensables au fonctionnement social et familial : elles assurent un travail dit domestique, mais aussi éducatif et relationnel massif, rarement reconnu dans les indicateurs économiques classiques.

Il existe donc un paradoxe : leur rôle est à la fois minimisé symboliquement parce qu’il n’est pas marchand, et recherché concrètement par les familles qui bénéficient de cette disponibilité gratuite. D’où ce mélange fréquent d’envie et de critique : certaines femmes actives peuvent envier le temps consacré aux enfants ou à la maison, tandis que certaines femmes au foyer envient l’indépendance financière et la reconnaissance sociale du travail salarié, et beaucoup de jeunes femmes face à ces dilemmes refusent maintenant de faire des enfants parce qu’elles ont compris le piège de la maternité. Pour être égale de l’homme, il ne faut pas féconder, faire un enfant est le début de l’ esclavage  féminin (qui travaille sans être payé ?).

Aujourd’hui, une partie des analyses féministes a évolué et reconnaît davantage la valeur du “care”, du travail invisible, de la charge mentale et de l’aide familiale, notamment l’accompagnement des parents âgés ou malades, compensant les carences des structures sociales et médicales. Des sociologues et économistes ont montré que si le travail domestique était rémunéré au prix du marché, il représenterait une part considérable de la richesse collective.

Le débat porte donc moins, désormais, sur une opposition simpliste entre “femme au foyer” et “femme qui travaille”, que sur la question du libre choix réel, de la reconnaissance sociale et de la sécurité économique des femmes, quel que soit leur mode de vie, mais le résultat est que ces femmes ne bénéficient ni d’un statut clair, ni d’une reconnaissance économique, ni d’une compensation suffisante à la retraite. 

Certains économistes et penseurs ont proposé un revenu pour les mères au foyer, distinct des allocations familiales qui permettrait aux femmes qui choisissent d’élever leurs enfants de ne pas être financièrement dépendantes du conjoint (quand il y en a un) et de garantir une reconnaissance sociale et économique de leur rôle. Ce type de rémunération pourrait aussi inclure des droits à la retraite, pour éviter la précarisation des femmes vieillissantes ayant eu une carrière hachée. Actuellement, malgré les ajustements, les inégalités de pensions entre hommes et femmes demeurent significatives : en moyenne, les femmes perçoivent des pensions inférieures de 40 % à celles des hommes.

Voici des données et analyses récentes qui éclairent ces enjeux :

La proportion de femmes au foyer, en France. En 2014, en Corse, 17,1 % des femmes vivant en couple étant des femmes au foyer, contre seulement 9,7 % en moyenne en France en province. (Insee)

La réforme des retraites de 2023 a reporté l’âge légal de départ de 62 à 64 ans. Selon l’étude d’impact, les femmes de la génération 1966 devront travailler en moyenne 7 mois de plus, contre 5 mois pour les hommes. (CFDT UFETAM), un comble ! Le gouvernement affirme que la réforme contribue à « réduire les écarts de pensions entre les hommes et les femmes », (quand est ce que les hommes ont porté les enfants ? ), notamment en poussant les femmes à prolonger leur activité, ce qui augmenterait leurs droits à la retraite. (Le Monde.fr).

Les trimestres « gratuits » accordés aux mères pour chaque enfant élevé ont été modifiés par la réforme. Désormais, des mesures spécifiques, telles que la prise en compte des congés parentaux dans le calcul de la durée de cotisation sont mises en avant, pour compenser les interruptions de carrière liées à la maternité (Public Sénat).

En somme ce qu’on donne d’une main, on le reprend de l’autre.

Ce travail qui ne produit pas directement de valeur marchande ni de salaire visible,  est fréquemment considéré comme “naturel”, allant de soi, voire invisible. Cette absence de reconnaissance symbolique et économique peut conduire à une forme d’ingratitude familiale où ce qui a été donné pendant des années finit paradoxalement par être perçu comme normal plutôt que comme un engagement considérable ayant permis aux autres membres de la famille de travailler, construire une carrière ou préserver leur propre équilibre.

*Une femme seule  peut prétendre au  RSA et aux aides spécifiques selon le nombre d’enfants, mais souvent préfère passer sous les radars pour ne pas avoir d’ennuis avec les assistantes sociales (enfants qui pourraient lui être enlevés). Elle est obligée de se tourner vers sa famille si elle en a une qui accepte de l’aider . Il y a beaucoup de précarité. 

En France, la situation des femmes seules avec enfant(s) est devenue très fréquente, au point que la famille monoparentale représente aujourd’hui environ une famille sur quatre. Voici les chiffres les plus récents et les plus fiables : En 2021–2023, les familles monoparentales représentent environ 25 % à 26 % de l’ensemble des familles françaises. Dans environ 81 % à 82 % des cas, il s’agit d’une mère seule avec ses enfants. Cela signifie qu’environ une famille française sur cinq est aujourd’hui constituée d’une femme élevant seule un ou plusieurs enfants.

Quelques éléments sociaux importants ressortent également des études INSEE : les familles monoparentales sont beaucoup plus exposées à la précarité ; le taux de pauvreté y est environ deux fois supérieur à la moyenne nationale ; les mères seules occupent plus souvent des emplois précaires ou à temps partiel. Elles sont davantage locataires du logement social (Observatoire des inégalités). L’évolution historique est très marquée en 1975, les familles monoparentales représentaient moins de 10 % des familles. aujourd’hui on approche les 26 %. (Centre d’observation de la société),  la très grande majorité vit avec leur mère. (Insee)