Actuellement, un problème se pose pour un étudiant en astrologie au sujet de la question du genre, qui a émergé dans notre société, alors qu’elle a toujours existé.
A l’heure où, par exemple, le Kasakhstan, « globalement très libéral en matière de liberté d’expression »* vient de voter une loi interdisant la « propagande des relations sexuelles dites non traditionnelles », un véritable problème se pose dans les analyses, car l’astrologie occidentale travaille théoriquement, seulement, avec la polarité qui passe par le masculin et le féminin. Disons le d’emblée, les bons aspects sont hétéro, l’homosexualité en générale est définit par « un manque de », avec les aspects spécifiques difficiles des marqueurs Vénus et Mars, et de la lune noire, et plus.
Que dit l’ astrologie évolutive et qu’en pensent les astrologues contemporains ?
Les approches astrologiques contemporaines, humanistes ou évolutives se sont en grande partie éloignées de cette lecture morale ancienne. Beaucoup considèrent aujourd’hui que le problème ne vient pas des configurations astrologiques elles-mêmes, mais du cadre culturel dans lequel elles ont été interprétées pendant des siècles. L’astrologie traditionnelle s’est développée dans des sociétés où l’ordre symbolique reposait sur une division stricte masculin/féminin, avec la sexualité pensée essentiellement sous l’angle de la reproduction, de la hiérarchie sociale et religieuse. Les interprétations ont projeté ces normes sur les thèmes. Ce ne sont pas les configurations qui étaient “homophobes”, mais souvent les grilles de lecture historiques appliquées dessus.
Ainsi, des configurations comme la lune noire aspectant Vénus, Mars, la Lune ou le Soleil, ou encore des mélanges symboliques entre polarités, ont parfois été décrites comme “déviantes”, “anormales” ou “déficientes” : ce vocabulaire reflète surtout la morale de l’époque, pas une réalité astrologique intrinsèque. L’erreur ancienne consistait à penser : “ce qui ne correspond pas au modèle hétérosexuel traditionnel, est une déficience”
Les astrologues humanistes et évolutifs modernes – dans la lignée de Dane Rudhyar, Stephen Arroyo ou des approches psychologiques post-jungiennes – tendent plutôt à considérer que les planètes décrivent des modes de fonctionnement psychiques, relationnels et identitaires, sans hiérarchie morale préalable, car une configuration ne “fabrique” pas une orientation sexuelle comme un déterminisme mécanique, elle décrit plutôt la manière dont une personne vit son désir, son identité, sa relation au masculin/féminin, à la norme, au corps, ou à l’altérité.
Dans cette optique, une forte présence d’Uranus, de Neptune, de Pluton ou de la Lune noire dans les dynamiques affectives, peut parfois correspondre à des identités moins conventionnelles, plus fluides, plus expérimentales ou moins alignées sur les modèles sociaux dominants. Mais cela n’est pas considéré comme un défaut. Ce sont des modes d’expérience
différents du lien, du désir ou de l’identité.
La difficulté vient surtout du fait que l’astrologie repose encore sur un langage symbolique polarisé : Soleil/Lune, Mars/Vénus, masculin/féminin, actif/réceptif. Les astrologues évolutifs modernes cherchent donc souvent à ne plus lire ces polarités comme des catégories biologiques rigides “homme/femme”, mais comme des fonctions psychiques, présentes chez tout individu. Un homme peut vivre une forte identification lunaire ou vénusienne, sans que cela soit considéré comme une “défaillance masculine”. Une femme peut vivre puissamment Mars ou Saturne sans être “masculinisée” au sens moral ancien. Il faut distinguer la structure symbolique du thème, l’identité vécue par la personne, et les projections culturelles de l’interprète.
On note une forte proportion des signes Mercuriens – Gémeaux et Vierge – en rapport avec Uranus et le Verseau, mais on trouve des signes de terre, dont la Vierge et le Taureau et même le Capricorne (Maurice Béjart) – maitrisé par Vénus – avec Jupiter très présent, pour lesquels on parle « d’avidité.
Mercure brouille les catégories fixes, favorise la dualité, la mobilité identitaire, l’ambivalence, la plasticité psychique, Uranus pousse vers la singularité, l’écart à la norme, l’expérimentation ou la désidentification sociale, le Verseau et les Gémeaux reviennent fréquemment dans les observations empiriques, parce qu’ils introduisent de la distance, par rapport aux modèles traditionnels du couple ou du genre.
Avec la Vierge et le Taureau, cela contredit l’idée simpliste selon laquelle l’homosexualité serait liée à une défaillance martienne. La Vierge, signe mercurien mais incarné, travaille souvent sur le rapport complexe entre corps, contrôle, désir, pureté, distinction fine des sensations et de l’identité, et introduit une conscience très élaborée du fonctionnement intérieur. Chez certains sujets, cela produit une grande lucidité sur leur différence ou une manière très personnelle d’habiter le corps et le désir.
Le Taureau, lui, est intéressant parce qu’il est profondément sensoriel et vénusien : l’astrologie ancienne a souvent caricaturé ce signe par la matérialité, la possession, alors qu’il parle surtout d’incarnation, de sensualité, de rapport direct au plaisir et au corps. Beaucoup de personnes très marquées par le ce signevivent le désir d’une manière très physique, esthétique ou tactile, indépendamment des catégories morales anciennes. Cela peut produire une sexualité très assumée ou très enracinée dans le ressenti corporel.
Finalement, on va avoir plus de Mercure, Uranus, Neptune, Lune noire, des dominantes vénusiennes, les maisons V, VIII, XI ou XII fortes, les signes très incarnés comme le Taureau ou la Vierge.
En réalité, ce que beaucoup d’astrologues contemporains observent, ce n’est pas une “signature homosexuelle”, mais plutôt des thèmes où les polarités psychiques sont plus mélangées, les identifications sociales sont moins rigides, l’identité relationnelle plus complexe ou plus consciente : le sujet ne peut pas se conformer aux modèles collectifs dominants.
Les approches modernes disent « certaines structures psychiques vivent autrement la relation entre désir, identité et polarité ».
Que dire de la transidentité ?
Les astrologues contemporains les plus prudents, évitent aujourd’hui d’affirmer qu’un thème “indique” mécaniquement une transidentité. D’abord parce qu’il n’existe pas de signature unique fiable, ensuite parce que l’identité de genre touche à des dimensions psychiques, corporelles, sociales et symboliques, extrêmement complexes. En revanche, beaucoup d’astrologues observent effectivement certaines récurrences dans les thèmes de personnes, qui vivent une forte remise en question de leur inscription sexuée ou de leur identité de genre.
On retrouve souvent des thèmes où les polarités classiques masculin/féminin sont moins séparées, plus fluides, plus poreuses, plus mêlées ou vécues de manière conflictuelle. Cela peut passer par des configurations fortes entre Venus et Mars, des dominantes mercuriennes ou uraniennes, des aspects importants de Neptune, d’Uranus ou de Lilith au Soleil, à la Lune, à l’Ascendant ou aux planètes identitaires (Soleil-Lune). Mais ces configurations existent aussi chez de nombreuses personnes qui ne remettent jamais en question leur genre.
Ce ne sont donc pas des “preuves”, seulement des terrains symboliques où l’identité peut être vécue de façon moins normative. Les astrologues évolutifs parlent souvent davantage de « problématique d’identification » que de genre au sens biologique strict. Certains thèmes montrent une difficulté à investir les modèles masculins ou féminins transmis par la famille ou la société, d’autres, indiquent une sensation profonde de décalage entre identité intérieure et image corporelle/sociale.
Chez certaines personnes, cela se traduit par une créativité identitaire ou une androgynie psychique, chez d’autres, par une souffrance réelle liée au sentiment que le sexe biologique ne correspond pas à l’expérience intime du soi.
Uranus et le Verseau apparaissent souvent dans les cas où la personne refuse les catégories fixes ou cherche à redéfinir son identité hors des normes traditionnelles.
Neptune, surtout, peut introduire une porosité des frontières identitaires, un vécu plus fluide ou moins défini.
Mercure peut favoriser la mobilité psychique, le passage entre les catégories, la non-fixité.
La Lune noire peut signaler un sentiment d’exclusion, de décalage avec le modèle sexué transmis, ou une difficulté profonde à habiter le rôle assigné.
Le thème décrit des tensions, des modes d’expérience, des dynamiques d’identification : il ne décide pas à la place du sujet : deux personnes avec des structures proches peuvent vivre des trajectoires totalement différentes, selon leur histoire, leur environnement, leur corps, leur époque et leur niveau de conscience.
Les approches modernes tendent donc à considérer ces thèmes, non comme des configurations figées mais des thèmes où la question de l’identité incarnée devient centrale, complexe, non conventionnelle. Le dessin du Tao le montre bien : il y a du yin dans le yang et du yang dans le yin.
*la tribune de dimanche rapportée par « le Canard Enchainé »
