la complexité identitaire : Je ne sais pas qui je suis

En astrologie, j’ai pu  constaté  la réaction  de certains  participants à des ateliers*,  lorsque je formulais qu’il était possible de ne pas savoir  qui l’on était dans les cas précis d’ une place angulaire de  la lune noire  en Maison I, sur l’ AS ou proche du Soleil ou de la Lune .

Il est toujours difficile de ne pas être bien dans sa peau, et de croire qu’on est « le mouton noir » dans une famille, ou bien de le devenir parce qu’on a des désirs mal cernés qui différent de ceux des autres, notamment dans les familles qui forment des clans, relativement soudés, où le fils doit faire la même chose que son père, lui succéder, ou en tout cas, ne pas sortir des sentiers battus qu’a empreintè la famille.

Cette complexité identitaire   renvoie  souvent à une dynamique transgénérationnelle  dans laquelle une personne porte des conflits, contradictions, ou blessures liées à l’identité, qui n’ont pas été reconnues ni traitées par ses ancêtres. C’est donc  paradoxal, que ce soit  elle qui soit surchargée des problèmes familiaux « non élaborés ou non symbolisés », c a d non  reconnus, ni assumés par les ascendants d’abord concernés.

La personne ne se sentant pas « entièrement elle-même »,  vit une forme de tiraillement entre différentes facettes  c. a. d, plusieurs loyautés invisibles (à la mère, au père, à une grand-mère oubliée…), ou plusieurs modèles de féminité/masculinité contradictoires, des émotions, des rôles, des postures sociales ou affectives qui ne s’harmonisent pas en elle.

Ce n’est pas une confusion apparue uniquement à travers son vécu personnel, elle  vient de l’histoire familiale : une mère qui n’a pas pu vivre son identité librement, une lignée où le rôle de la femme a été nié, figé ou instrumentalisé, des non-dits, des tabous  transmis implicitement, le souvenir de figures effacées, reniées ou le culte  de figures idéalisées. 

Cette transmission ne s’est pas faite de manière consciente : le traumatisme ou la tension n’a pas été mise en mots, aucun récit n’a permis de l’intégrer, elle reste dans le domaine du ressenti flou, du malaise ou du symptôme (anxiété, somatisation, conflits relationnels…).

Cela peut se manifester par une identité flottante,instable, comme si la personne vivait plusieurs vies à la fois, des conflits de valeurs – vouloir être libre tout en restant dans un rôle sacrificiel – une fascination-répulsion pour certaines figures familiales, des choix de vie ou de partenaires qui font  rejouer des scénarios familiaux.

Lorsqu’on en prend conscience,  c’est un soulagement.  Après avoir fait un travail de généalogie qui donne les dates et les heures sur les actes de naissance authentiques – à présent disponibles sur internet dans presque toutes les mairies – et éventuellement d’astrologie, celle-ci servant de grille de lecture (précisant les endroits des thèmes en cause, par les maisons et les constellations familiales symbolisées par les planètes) en questionnant  la famille,  avec beaucoup de patience** -car souvent réfractaire – on peut essayer de redonner une place à ses disparus qui sont comme des « fantômes »*** qui veulent revivre dans un descendant et dire ce qui n’a pas été nommé dans la lignée,  ce qui a été exclu.   En prenant conscience de ce que l’on porte et de ce qui ne nous appartient pas, on comprend que cela  a laissé une trace psychique invisible transmise par  l’inconscient familial et   causée par un secret, une honte ou un deuil non élaboré dans les générations précédentes.

On essaiera de trouver sa propre cohérence, en s’autorisant à vivre une version authentique de son identité, et en acceptant sa différence qu’on pouvait involontairement rejeter parce qu’on se sentait coupable de ne pas être « comme ».

On ne fera pas des miracles, mais on pourra déjà se reconstruire en cherchant quels sont nos vrais désirs, et faire des choix qui ne seront pas ceux du clan qui a étouffé le souvenir de membres qui ne faisaient pas briller l’arbre : la grand-mère qui a accouché d’un allemand déserteur pendant la guerre, l’arrière grand-père inconnu qui est parti, celui qui buvait et, même tout simplement, celle qui a préféré se marier avec un homme  au-dessous de sa classe sociale et qui a été bannie.

Plus étonnant encore  Des  enfants morts au berceau, qui en quelque sorte, cherchent à s’incarner en vous (voir les dates de naissance, de mort, de conception à quinze jours prés) si le traumatisme ou la tension n’a pas été mise en mots, qu’aucun récit n’a permis d’ intégrer cette souffrance car  « quand une douleur est inavouable, indicible ou inacceptable, elle ne peut pas être symbolisée ni digérée psychiquement.. La douleur,  elle,  ne devient pas inconsciente de façon « classique », mais produit ce que Torok et Abraham appellent une « crypte ».

La personne victime directe introjecte le mort sans le digérer : l’écorce, la façade, les mécanismes de défense, les discours répétés, le noyau : la douleur véritable, enfouie, indicible — souvent transmise, non vécue personnellement. Le travail thérapeutique consiste à percer l’écorce sans violence, pour toucher le noyau et le transformer. L’écorce et le noyau met en lumière les effets psychiques du non-dit, du deuil impossible, des secrets et traumas transmis, et montre comment le sujet peut devenir porteur d’une souffrance qui ne lui appartient pas, mais qu’il vit comme sienne.

 

* ateliers dans le contexte associatif

**on aura souvent comme réponse « qu’il ne faut pas remuer les affaires sales, les choses qui font honte, ou les souvenirs trop douloureux, car on ne parle pas de ces choses là » ; or « ce qui n’est pas dit revient sous forme de maux », la maladie

*** il ne s’agit pas de fantômes qui hantent une maison  mais de personnalités ignorées, oubliées, qui ont eu une histoire compliquée, qui vont tourmenter l’inconscient, produire des rêves, des blocages

 

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