L’astrologie crée des catégories qui peuvent déranger ceux qui se pensent uniques mais la nécessité de la catégorisation vient de la constatation que le monde est chaotique.
Depuis l’époque de l’observation des étoiles qui ont guidées les caravanes dans le désert, et les navigateurs vikings sur les mers, les hommes ont cherché un sens à leur destinée , une organisation sur laquelle pouvoir s’appuyer et ils se sont résignés à accepter que tout, de l’ordre au chaos, soit la volonté de dieu. Ce dieu qu’on disait être l’Alpha et l’Oméga, pose questions.
Actuellement, nous sommes confrontés à une masse continue d’informations qui s’entrechoquent. Les événements produisent sur nous des émotions, on nous fait désirer des objets inutiles, les situations sociales s’étalent sur nos écrans, les données scientifiques jaillissent des conférences sur les sites d’infos : sans organisation mentale, ce flux est inintelligible. Aussi classer, c’est réduire la complexité de ce qui surgit constamment. Créer une catégorie permet d’identifier les ressemblances, de repérer des différences, d’anticiper, d’économiser de l’énergie mentale. Sans catégories, chaque situation serait entièrement nouvelle.
Dès l’enfance, on ne peut pas mémoriser chaque type de chose – vivante ou inerte – individuellement. On crée des catégories : l’animal par exemple fait partie des êtres vivants, parce qu’il réagit aux sollicitations. Après tout, la nature nous montre l’exemple. Le singe apprend seul à se servir d’un outil – un bâton, une pierre – pour ouvrir quelque chose, casser un noyau. Ne dit-on pas : Aides toi le ciel t’aideras !
À chaque niveau, on gagne en compréhension et en abstraction…. 
La fonction philosophique passe du particulier au concept : les grands penseurs ont tous travaillé sur cette question : selon Aristote connaître consiste à identifier les essences communes. Classer, c’est découvrir la nature des choses.
Pour Hegel les concepts généraux permettent de dépasser le particulier pour atteindre l’universel, penser, c’est monter en généralité. Cela permet de prévoir, d’anticiper les conséquences, de décider, d’agir avec cohérence, de transmettre, d’enseigner et de communiquer, d’éviter la dispersion : sans concepts généraux, la pensée reste au niveau du fragment, chaque mot est un concept général passant par le langage. C’est la condition même de la pensée.
Les catégories ne sont pas seulement mentales elles sont culturelles. Les sociétés classent le bien et le mal, le normal et l’anormal et ces catégories structurent la vie collective. Aussi classer comporte un danger : figer ce qui est vivant, réduire la singularité, enfermer dans des cases, confondre le concept avec la réalité car un concept est un outil, pas le réel lui-même. Il faut rester capable d’évoluer, la pensée vivante alterne organisation et révision.
Le sacré et le profane ayant traits au spirituel sont du domaine des catégorisations. Le sacré nous amène directement aux adjectifs qui sont en rapport avec l’idée de dieu. Dieu est celui qui nous donne sa protection, on parle de son omniscience, de son jugement, de notre faiblesse ou de notre capacité à agir sous le coup de l’inspiration divine. Cependant on sait que si chaque population et sous groupes de population, a une vision d’une puissance supérieure, lorsqu’on les étudie elles ne sont pas identiques, même si elles ont les mêmes constantes, caractéristiques.
Ce grand sujet fait donc partie des concepts qui sont intouchables et tabous, même pour le croyant, car le fait de douter est déjà un blasphème, mais pour un cerveau qui cherche, vient un moment où le verni craque parce qu’on voit le moche, le dramatique, l’innommable.
Dieu a créé l’homme à son image, dit-on… mais ne serait pas plutôt l’homme qui a créé des dieux parés de tout ce qu’il n’a pas ?
Quelle est l’issue ?
Selon Bouddha – par l’intermédiaire de la parole du Dalaï Lama – c’ est de rester fidèle à ses croyances de l’enfance (qu’est-ce que Dieu ? un petit bonhomme qui souffle le feu, me disait ma grand-mère), en étant conscient de nos paradoxes, afin de nous détacher des sources de nuisances qui nous entourent, en méditant comme si nous n’étions pas partie prenante, dans une sorte de dédoublement : celui qui souffre versus celui qui regarde celui qui souffre. Le meilleur moyen est d’observer la nature, et d’y ressentir la paix et l’harmonie et si le spectacle de la nature n’existe plus autour de soi, on peut s’isoler en soi en se remémorant des images souvenirs de jours meilleurs pour patienter. On ne peut pas baisser les bras.
Il y a un poème de Margaret Fishback Powers, que j’aime beaucoup qui dit ceci :
Une nuit, je fis un rêve :
je marchais sur la plage
avec mon Seigneur.
Sur le ciel noir furent projetés
des épisodes de ma vie,
comme sur un immense écran.
Et sur le sable
je voyais à chaque fois
deux traces de pas :
les miens, et ceux de mon Seigneur.
Après la dernière scène de ma vie,
je me retournais.
Je fus surprise de voir par endroits
Les traces d’une seule personne.
Je me rendis compte
que je traversais alors
les moments les plus difficiles
et les plus tristes de ma vie.
Inquiète, je demandais au Seigneur :
« Le jour où j’ai décidé de te suivre
tu m’as dit que tu marcherais
toujours avec moi.
Mais je découvre maintenant
qu’aux pires moment de ma vie
il n’y a les empreintes
que d’une seule personne.
Pourquoi m’as-tu abandonnée
lorsque j’avais le plus besoin
de toi ? »
Il me répondit :
« Mon enfant chérie, je t’aime
et je ne t’abandonnerai
jamais, jamais, jamais,
surtout pas
lorsque tu passes par l’épreuve.
Là où une seule personne
a marqué le sable de ses pas,
c’était moi qui te portais. »
Canada, 10 octobre 1964
