Savoir qui je suis en comprenant Rudhyar

Beaucoup de ceux qui   au moment où ils avaient besoin de se comprendre et de comprendre le monde qui les entoure – se sont sentis happés par l’astrologie humaniste  qui ouvre des perspectives positives  ont lu au moins partiellement les livres de Dane Rudhyar, qui n’est  pas toujours facile, maisjJe vous rassure derrière certains mots savants de l’astrologie se cache une réalité bien concrète.

Le mot le plus mystérieux chez Rudhyar, est sans doute ipséité qui   appartient au  philosophe français  Paul Ricoeur. Il faut savoir que Dane Rudhyar, français de naissance qui  était un grand musicien et un  philosophe, avant d’être un astrologue vénéré par ses paires,  vécu aux États-Unis dès 1914, et qu’il est considéré comme le fondateur de l’astrologie humaniste. Il a cependant utilisé le terme  ipséité (ipseity) qu’il avait emprunté au  philosophe Paul Ricoeur , un  mot bien curieux au premier abord.

Ricoeur, distingue l’identité idem « ce qui demeure »,  et l’identité ipse , « ce qui se raconte », il veut dire par la, que nous nous définissons non pas seulement parce que nous étions à la naissance, mais que nous nous racontons au travers d’ idées globales et par nos récits d’expériences, de ressentis  , qui permettent de transformer l’expérience brute de la vie,  en histoire intelligible. Nous philosophons sans le savoir sur ce que nous avons vécu et cela aboutit à faire  de nous ce que nous sommes.

Nous le faisons, sans doute d’une façon culturelle, car d’un endroit à un autre, d’un individu à un autre nous n’avons pas la même approche, mais si nous ne sommes pas des singes savants, nous le faisons. Certaines des catégories qui structurent l’identité ne sont pas  choisies mais  sont  héritées : on  parle de matrices de sens  familiales, et sociales.     

Elles  agissent comme des cadres invisibles. Elles donnent une colonne vertébrale, mais peuvent aussi rigidifier, et la conséquence est qu’ une identité trop fortement fixée par des catégories rigides peut empêcher l’évolution : « Je suis comme ça », « Ce n’est pas pour moi ». 

« Comprendre qui on est, revient moins à expliquer causalement, qu’à interpréter ». L’astrologue traditionnel va saisir l’analyse d’un thème comme un fait fixe, tandis que l’astrologue humaniste va chercher en interrogeant le demandeur, si ce qu’il trouve correspond à la réalité de la personne qui l’interroge.

La justesse de l’interprétation en astrologie ne tient donc pas à une vérité objective imposée de l’extérieur, mais à une forme de reconnaissance dans un échange avec l’interlocuteur, ce qui introduit une dimension essentielle au niveau du dialogue.

Cependant, cela ne doit pas être confondue avec une simple adhésion ou un effet de suggestion, car ce qui est visé, c’est une explication qui “tienne debout”, c’est-à-dire qui respecte aussi la cohérence interne du système astrologique,  mobilise correctement les symboles et rende compte de manière pertinente de l’expérience vécue du demandeur.

Il doit donc vérifier si c’est cohérent avec ce qu’il a devant lui sur le thème, car il y a toujours un moment troublant où  le symbolique semble basculer dans le réel, que  ce qui était “en germe” dans un thème natal, finit par se manifester concrètement dans la vie, comme si une trame préexistante se déployait avec le temps,  et il est là pour vérifier les résonances entre ce qui est dit, et ce qu’il voit, sinon, toute tentative d’analyse reléverait du bla bla.

Il peut le faire grâce à sa connaissance des cycles et des inter cycles des planètes, l’effet des transits du moment ou éventuellement l’effet des transits lents à plus longue distance, en s’efforçant de ne rien promettre, en bon ou en mauvais, car ce serait enlever une part de libre arbitre au demandeur, même si celui-ci le presse de dire.

Bien que l’astrologue marche sur un fil entre la réalité du consultant et la théorie, cette capacité à “taper dans le mille” peut aussi s’éclairer par l’idée, que certains  symboles (les archétypes* de Jungactivent nos structures psychiques profondes , ce qui donne à l’interprétation une portée qui dépasse le simple arbitraire individuel, sans qu’on puisse dire que cela relève  d’une loi scientifique stricte.

Une famille  transmet des classifications implicites du monde : ce qui est honorable ou honteux, ce qui est fort ou faible, ce qui est permis ou interdit, ce qui fait la valeur d’une personne. Ces catégories deviennent des filtres invisibles : l’être humain ne choisit pas d’abord son cadre conceptuel, il l’hérite. : « dans notre famille, on est des travailleurs » ou/et « L’art ne sert à rien ».

Du coup,  ces concepts généraux deviennent des piliers identitaires. Ils organisent les comportements, les choix professionnels, les relations affectives, et  l’identité devient une association de catégories héritées, souvent inconscientes : le travail d’évolution que doit faire le demandeur qui pense être déterminé, nous dit Rudhyar consiste donc à identifier les catégories reçues, distinguer celles qui soutiennent de celles qui enferment,  afin de  reconfigurer notre système interne, de le  réorganiser.  

De ce fait, la question devient :

Comment changer sans se renier, malgré les loyautés invisibles ? Et c’est là que Rudhyar nous dit (avec Jung) , cherchez votre « ipséité » (l’identité idem « ce qui demeure »,  et l’identité ipse , « ce qui se raconte »,) en travaillant sur la connaissance de vous même, cet être unique que vous êtes, si vous vous dépouillez des couches ajoutées par des générations de déterminismes,  qui cachent ce qui est au fond de vous.

Faisant cela vous montez dans la connaissance de vous-même, qui ne doit pas vous rendre ni arrogant, ni méprisant pour les gens qui vous ont précédé, mais au contraire plein de compréhension et de sollicitude en montant l’escalier qui vous mène à votre vrai moi, fruit de tant de parcours qui vous ont précédé.

 

 

*Chez Carl Gustav Jung, l’idée fondamentale est que la psyché humaine ne se réduit pas à l’expérienceindividuelle, mais comporte une couche plus profonde qu’il appelle l’inconscient collectif : celui-ci n’est pas constitué de souvenirs personnels, mais de formes universelles, appelées archétypes, qui structurent notre manière de percevoir, de ressentir et de donner du sens. Ces archétypes ne sont pas des images toutes faites mais des matrices de sens, qui prennent forme à travers des symboles (par exemple la mère, l’ombre, le héros, le guide, la transformation, la mort et la renaissance, etc.). Lorsque nous rencontrons un symbole – dans un rêve, un mythe, ou même une interprétation astrologique – il peut “activer” ces structures profondes, c’est-à-dire entrer en résonance avec quelque chose qui est déjà là, en nous, de manière latente c’est ce phénomène de résonance qui donne une impression de justesse, parfois très forte, non pas parce que le symbole serait objectivement vrai au sens scientifique, mais parce qu’il touche une organisation psychique partagée et profondément enracinée.

 

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