La maltraitance ordinaire des ainés

La maltraitance n’est pas que physique – comme on le voit avec l’affaire de Betharram, près de Lourdes – elle est aussi mentale, et cela on le sait, mais la cruauté mentale se manifeste de différentes manières, souvent subtiles et insidieuses, elle ne se voit pas, elle ne laisse pas de traces visibles.

Elle se manifeste partout : dans les entreprises et les écoles, dans les familles, et on parle surtout des couples, actuellement, mais elle devient un phénomène relié par les injonctions vis à vis des retraités qu’on ne cesse de qualifier de « mieux lotis que les jeunes » sans jamais parler de l’aide qu’ils apportent à leurs enfants, ou dans les associations sur lesquelles la société compte. Comme les vaches qualifiées de dangereuses parce qu’elles mâchent de l’herbe et reflue du CO2, la mode est à la discrimination des anciens dans les médias, ce qui ne peut qu’influer sur le comportement des populations ignorantes.

L’environnement social mondial tendant à  dévaloriser les anciens sur le plan qualitatif, en leur imputant toutes les fautes tant environnementales, alimentaires,  que structurelles, et économiques,   avec une  référence systématique négative du  passé historique, religieux – qui pourtant appartient à une histoire civilisationnelle commune- ce qui rappelle le prélude des heures les plus sombres de la Chine de Mao-Zedong où l’on encourageait les jeunes à dénoncer les vieux, ce qui les conduisait en camp de redressement (voir le film « Le dernier empereur » de Bertolucci** ).

Quels sont les signes de cet irrespect vis-à-vis des anciens sur le plan privé ?

Il s’agit de comportements visant à blesser psychologiquement une personne, à la déstabiliser ou à la manipuler, personne qui dans ce cas est incapable de réagir devant des  accusations, ou des attitudes à laquelle elle ne s’attendait pas. Certaines personnes trop démunies d’agressivité, ou trop fatiguées ne savent plus où elles en sont et peuvent finir par croire ce qu’elles entendent. D’une part, ce comportement vise à entamer la confiance mais d’autre part, la personne se sent manipulée sans réellement comprendre,  le ressentant physiquement, ce qui peut lui faire perdre son énergie et la détruire silencieusement. Ceci peut avoir des effets graves , comme l’anxiété, la dépression, la perte de confiance en soi, voire des troubles post-traumatiques. L’âge venant, la personne étant fragilisée par sa santé,  a besoin de plus de stimulations positives que  de critiques, mais c’est à ce moment que les enfants règlent leur comptes avec leurs parents se sentant plus forts qu’eux.

Voici quelques formes courantes de ce que certains ont pu voir ou entendre et sur lequel ils pourront mettre des mots. 

Cela peut commencer par le mépris et l’humiliation : on va parler aux parents sur un ton condescendant, les infantiliser,  remettre en question  leurs décisions de manière vexante,  manquer de considération et manifester de l’indifférence, ne pas répondre  ou les ignorer, ne pas s’intéresser à leur état de santé ou à leur bien-être, minimiser ou nier leurs souffrances et leurs besoins, les difficultés liées à l’âge. Cela s’accompagne de  remarques méprisantes ou moqueries, du  rabaissement en public ou en privé, de comparaisons injustes visant à diminuer l’estime de soi,  les blâmant systématiquement  pour leurs propres échecs et difficultés. 

La distorsion de la réalité   vise à faire douter quelqu’un de sa propre perception ou mémoire, avec critères arbitraires et changeants. Cela  s’accompagne   d’ indifférence et négligence affective, menaces et intimidation psychologique en ignorant les besoins émotionnels  et, en refusant  le dialogue avec un silence punitif pour infliger de la souffrance. 

La personne0 peut faire  planer une menace constante  de quitter, de priver d’affection ou de soutien, semant  la peur en instaurant un climat d’insécurité émotionnelle, une  manipulation, un  chantage affectif en conditionnant l’attention ou l’aide à des exigences, en menaçant  de couper les liens, s’ils ne se plient pas à leurs demande.

A partir d’un certain stade de dépendance des parents, : il peut se produire un isolement social et familial, on peut les   empêcher d’avoir des contacts ; des enfants, lorsque leurs parents sont  âgés peuvent restreindre leur accès aux  activités sociales,  contrôler leurs communications en  leur interdisant de conduire un véhicule sans pour autant s’occuper de leurs déplacements ;

Quelle est la psychologie des enfants adultes  qui font cela ?

Les enfants adultes qui infligent de la cruauté mentale à leurs parents peuvent avoir des profils psychologiques variés, influencés par leur histoire personnelle, leur éducation et leur environnement. Les types de profils psychologiques qui peuvent être à l’origine de ces comportements sont  malheureusement courant  !

Les enfants égocentriques et narcissiques qui manquent dempathie, et considèrent leurs parents uniquement sous l’angle de leur propre intérêt pensant que leurs parents leur doivent tout et ne reconnaissant pas leurs sacrifices. Tous sont des enfants  immatures,   qui peuvent ressentir de la colère si leurs parents ne répondent plus à leurs attentes et   deviennent agressifs, lorsqu’ils se sentent menacés,     émotionnellement froids et méprisants,  manquant de considération  ,    manipulateurs ou dominateurs qui cherchent à contrôler  par la peur, la culpabilité ou l’intimidation, et peuvent alterner entre gentillesse et méchanceté, pour maintenir leur emprise,  pouvant isoler leurs parents pour éviter toute remise en question de leur comportement.

Les enfants peuvent être frustrés ou rancuniers, portant des blessures de l’enfance, reprochant à leurs parents de ne pas avoir été « parfaits, »  utilisant la maltraitance psychologique comme une vengeance inconsciente,  ressassant des conflits passés et les utilisant pour se justifier. 

Certains facteurs  peuvent expliquer  ce comportement : une enfance difficile,  avoir été victimes de maltraitance ou de négligence,  et reproduisant des schémas dangereux

Certains sans avoir été victimes  ont une personnalité pathologique, avec troubles narcissiques, antisociaux ou limites, qui altèrent leur capacité à ressentir de l’empathie. 

Ils peuvent avoir des problèmes personnels qu’ils sont incapables de résoudre : stress, échec personnel, frustration professionnelle,  ou dépendance  qui peuvent accentuer l’agressivité, subissant eux-mêmes un sentiment d’abandon ou de solitude.

 

*Depuis 1949, les dirigeants suprêmes de la Chine ont été : Mao Zedong (1949-1976), Hua Guofeng (période de transition 1976-1978), Deng Xiaoping(1978-1989), Jiang Zemin (1989-2002), Hu Jintao (2002-2012) et Xi Jinping  qui depuis 2013  a été atténuée quelque peu  les mesures précédentes notamment la  politique de l’enfant unique qui a eu des conséquences qui ont fait l’objet de   conséquences néfastes : enfants non-déclarés, avortements tardifs, mais surtout infanticides des fillettes, particulièrement dans les campagnes (la conception traditionnelle privilégiant les enfants mâles ; actuellement, en Chine les mères se regroupent toujours pour rechercher des femmes pour leur fils.).  En Chine, ce sont les enfants qui prennent soin de leurs parents (comme ailleurs, selon que les gouvernements  fassent ou pas  de lois de protection dont on voit les limites dans les EPHAD).  Le socialisme et le communisme ont voulu remplacer la famille et  ont promu leur conception qui est différente de  la vision méditerranéenne traditionnelle de la famille.

**Le film retrace la vie de Puyi, le dernier empereur de Chine, depuis son couronnement à l’âge de 2 ans en 1908 jusqu’à sa rééducation sous le régime communiste. Le récit alterne entre sa jeunesse fastueuse dans la Cité interdite et sa déchéance progressive après la chute de la dynastie Qing. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est capturé par l’Armée rouge soviétique, extradé en Chine en 1950, il est emprisonné dans un camp de rééducation pour « criminels de guerre » communistes,près 9 ans, il est réhabilité comme simple citoyen de la République populaire de Chine.

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