Petite histoire des faux amis

Les transits sont en lien avec les événements, car “ce qui est dehors est dedans”, donc ces petits articles permettent de nous relier aux événements du  monde, auxquels  nous  sommes connectés, même si cela semble loin de nous. Voici quelques explications, certes un peu longues sur l’histoire de l‘Ukraine, peuple “ami” de la Russie. *

L’affirmation voulant que l’ukrainien ne soit pas une langue,  fut un leitmotiv de la relation russo-ukrainienne depuis la nuit des temps. Le maréchal   Lyautey (1854-1934), qui contribua à l’expansion coloniale française  aurait dit : “Une langue, c’est un dialecte qui possède une armée, une marine et une aviation».  De fait, on peut dire que les langues sont des dialectes qui ont réussi. Ce genre de distinction n’a rien à voir avec des critères linguistiques”.

On s’en tiendra au deux derniers siècles pour comprendre comment l’Ukraine, et sa région fut  colonisée tout au long de son histoire. 

L’une des difficultés que connaît l’État ukrainien est de fonder la nation ukrainienne sur la base d’une langue nationale, l’ukrainien, et de faire des concessions importantes aux minorités, notamment la minorité russe.

Au XIXe siècle, les Ukrainiens vivaient principalement dans des villages ou des petites villes. Sous le tsar Alexandre Ier, l’enseignement en ukrainien dans les écoles avait déjà été interdit dès 1804, ce qui avait entraîné une dégradation considérable de la culture ukrainienne. En 1817, la langue polonaise fut obligatoirement enseignée dans toutes les écoles publiques de l’Ukraine occidentale (rive droite), pendant que le russe était imposé dans la partie orientale (rive gauche).

Si la politique réformiste d’Alexandre II (de 1855 à 1881) avait pour objectif l’alphabétisation des campagnes, elle devait exclure les Ukrainiens, sauf s’ils étaient totalement russifiés ! De fait, à la fin du XIXe siècle, les Ukrainiens formaient une classe sociale essentiellement rurale, l’ukrainien étant considéré comme la langue de ruraux incultes. La politique linguistique impérialiste d’Alexandre II, s’intensifia lorsque plusieurs décrets furent publiés pour interdire l’usage de la langue ukrainienne, le «dialecte petit russe» , selon la terminologie de l’époque., «dialecte» employé par les roturiers et considéré comme du «russe corrompu par l’influence de la Pologne». Dans ces conditions, il devenait légitime de l’interdire .  Il en fut ainsi avec la circulaire Valuev  de 1863 et le décret Ems de 1876 qui constituait un décret du ministre des Affaires intérieures de l’Empire russe,  par lequel une grande partie des publications en langue ukrainienne était interdite, ce qui incluait les textes religieux, les manuels scolaires, les œuvres littéraires, les chansons folkloriques, les représentations théâtrales, même le synode de l’Église orthodoxe russe finit par interdire aux prêtres de prêcher en «dialecte petit russe», que ce soit en ukrainien ou en biélorusse.. C’est à lui qu’on attribue,  cette formule célèbre: « Il n’y a jamais eu de langue ukrainienne et il n’y en aura jamais

Le tsar Alexandre III (de 1881 à 1894) poursuivit la même politique de russification que ses prédécesseurs, mais en y ajoutant une nouvelle «trouvaille» : l’interdiction de choisir un nom de baptême en ukrainien pour tout nouveau-né. Les interdictions se succédèrent sans relâche  dans les sermons à l’église , en 1884,  dans les théâtres et dans les oblasts (régions) l’interdiction fut étendue à la publication de livres pour enfants. Alexandre III étendit même la russification en Pologne, dans les pays baltes et en Finlande. L’Empire russe multiethnique devait être de langue russe et de religion orthodoxe.

Sous Nicolas II (1894-1917), le gouvernement russe proscrivit en 1901 l’usage du mot «Ukraine»  et imposa la dénomination de la «Malorossiia» («Petite Russie»), par opposition à la Grande Russie (Russie centrale européenne) et, à la Russie blanche (Russie de l’Est ou Biélorussie) : on disait que le tsar était «le souverain de toutes les Russies . Les Ukrainiens furent officiellement appelés les «Petits Russes». On attribue au tsar Nicolas II cette phrase : «Il n’y a pas de langue ukrainienne, juste des paysans analphabètes parlant peu le russe.»

En 1897, la population de Kiev était composée principalement de Russes (environ 54%) avec seulement 22% d’Ukrainiens, 12% de Juifs et 8% de Polonais. Par conséquent, Kiev se développait en tant que ville russophone. Par la suite, en raison de la révolution industrielle, davantage d’ukrainophones commencèrent à venir des villages et des petites villes où ils adoptèrent le plus souvent, le russe ; le nombre d’Ukrainiens à Kiev augmenta constamment au cours du XXe siècle.  Des dizaines de milliers de Russes vinrent habiter à l’est du pays, en Ukraine-Sloboda et au sud (la Novorossija: la «Nouvelle Russie»). .

En 1905, sous l’impulsion des premiers mouvements révolutionnaires, les publications en ukrainien et les associations culturelles ukrainiennes furent à nouveau autorisées. On remit en place les structures qui permettraient de relever le niveau de culture et d’instruction des Ukrainiens, dont seulement 13 % étaient alphabétisés en 1897.

Proclamée en novembre 1917, la République populaire d’Ukraine occidentale dut affronter la République soviétique d’Ukraine soutenue par les bolcheviques. Au moment où naissait l’Union soviétique, les différences entre le russe et l’ukrainien étaient au niveau qu’elles sont aujourd’hui : des langues différentes au même titre que le sont, par exemple, l’espagnol et le français.

La Russie soviétique créa en 1922, la République socialiste soviétique d’Ukraine. L’Ukraine de l’Ouest et  du Sud-Est furent réunies et annexées à l’URSS. Par sa population, la République socialiste soviétique d’Ukraine était la deuxième république fédérée de l’URSS et,  on doit souligner sa réputation de grenier à blé.

En 1933, un ordre de Staline  mit officiellement un terme à l’ukrainisation qui sera vite remplacée par une politique d’assimilation linguistique accompagnée cette fois d’une terreur incroyable : la répression commença à s’exercer contre les Ukrainiens et les membres des minorités nationales, notamment les Polonais. Des politiques d’épuration furent engagées par les Russes. Il affama les populations, tous les trains emmenaient le blé produit en Ukraine, vers la Russie. Ce fut une hécatombe (l’Holodomor).

Toutes les concessions linguistiques et culturelles accordées aux nationalités non russes, furent réduites à néant par une politique agressive de russification. L’attaque des bolcheviks toucha évidemment l’Académie ukrainienne des sciences, dont presque tous les membres furent poursuivis et liquidés. On leur reprocha une atteinte aux droits des minorités nationales, notamment ceux des russophones. La plupart des recherches linguistiques qui avaient été effectuées au cours des années 1920 furent décrétées « nationalistes » et orientées vers le détachement de l’ukrainien de la langue du « frère russe ». Toutes les éditions scientifiques de l’Institut de la langue ukrainienne et de l’Institut des recherches linguistiques furent qualifiées de «fascistes » et détruites.

A partir de 1938, le russe devint obligatoire, L’enseignement de l’ukrainien dans les écoles fut aussitôt réduit pour laisser la place au russe, notamment dans les villes et l’enseignement des langues minoritaires (polonais, hongrois, etc) fut supprimé.Des Ukrainiens, des Polonais et plusieurs membres des autres minorités ethniques furent déportés par le Parti communiste de l’URSS.

Le 19 septembre 1941, la Wehrmacht d’Adolf Hitler entra dans Kiev, qui comptait alors 900 000 habitants, dont de 120 000 à 130 000 Juifs. Les nazis avaient décidé d’exécuter tous les Juifs. Selon les rapports allemands d’aujourd’hui, 33 771 Juifs furent exécutés durant l’opération, un camp de concentration fut créé à Babi Yar, 60 000 exécutions eurent lieu au même endroit sur des Juifs, des Polonais, des Roms et des Ukrainiens.

Toute la terminologie ukrainienne fut alors formée sur le modèle russe, en imposant les directives suivantes : interrompre toute édition de dictionnaires et de grammaires,réviser au complet toute la terminologie en la calquant sur le russe,refaire la terminologie ukrainienne en l’intégrant à celle qui existait déjà en URSS, revoir l’orthographe ukrainienne, congédier tous les employés ukrainiens apparentés aux éléments «bourgeois» et «nationalistes»

En 1954, la Crimée, qui avait été à moitié détruite par la guerre, fut cédée par Nikita Khrouchtchev à l’Ukraine par simple décret, dans l’indifférence générale. Le nombre de Russes fut multiplié par trois : de 8,2 % en 1920, ils passèrent à 16,9 % en 1959 avant d’atteindre 22,1 % en 1989, avec comme résultat que le russe finit par s’imposer dans toute l’Ukraine, notamment dans les domaines de la politique, de l’économie et de l’enseignement supérieur.

Mais les réformes commencées en 1985 par Mikhaïl Gorbatchev, le dernier président en exercice de l’URSS, donnèrent un nouvel élan aux mouvements des nationalités au sein de l’URSS.

Le 16 juillet 1990, alors que l’URSS existait encore, le Conseil suprême de l’Ukraine adopta uneclaration sur la souveraineté nationale de l’Ukraine et, le 1er novembre 1991, le Parlement ukrainien adopta une déclaration solennelle la Déclaration des droits des nationalités d’Ukraine. Les citoyens des diverses nationalités crurent que le nouveau pays pouvait construire un État démocratique légitime garantissant à tous les peuples, aux groupes nationaux et aux citoyens vivant sur le territoire de l’Ukraine l’égalité des droits politiques, économiques, sociaux et culturels,.  garantissant à toutes les nationalités le droit de préserver leur habitat traditionnel, et d’assurer l’existence d’unités administratives nationales  d’assumer la responsabilité de créer les conditions propices au développement des langues et des cultures nationales et  le droit d’employer librement leurs langues maternelles dans toutes les sphères de la vie publique.

Le 21 novembre 2004, fut  le début de la Révolution orange .À la suite de la proclamation du résultat du deuxième tour de l’élection présidentielle, une série de manifestations politiques se déroulèrent en Ukraine : les ukrainophones de l’Ouest firent la Révolution orange, mais pas les russophones de l’Est, ni vraiment les ukrainophones de Kiev, qui ont toujours été plus conciliants.

Le 23 janvier 2005, vit l’élection à la présidence de l’Ukraine de Viktor Iouchtchenko.

En 2012, la crise ukrainienne démontra que les ukrainophones et les russophones n’ont jamais cessé de se chamailler et  rien fait pour en arriver à une entente. L’adoption à la hâte de la Loi ukrainienne  sur la politique linguistique de l’État en est un exemple manifeste : La loi se voulait conforme aux dispositions de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, mais permettait aussi l’emploi à égalité avec la langue officielle (l’ukrainien) de deux ou de plusieurs langues régionales ou minoritaires dans une région donnée, là où le nombre d’une minorité représentait 10 % ou plus de la population, soit en principe dans 13 régions sur 27, dont Kiev, la capitale. Mais la question du statut constitutionnel de la loi a été tranchée par la Cour constitutionnelle de l’Ukraine, le 28 février 2018, qui l’a invalidée.

Finalement, la loi de 2012, fut remplacée par la Loi sur la langue du 17 juillet 2019. “Seule la langue ukrainienne est désormais autorisée à être employée tant par les autorités nationales et locales, que par les entreprises, les institutions et les divers organismes. La seule exception concerne la Crimée actuellement occupée par la Russie, où, en plus de l’ukrainien, la langue tatare de Crimée est autorisée en tant que langue du peuple autochtone ukrainien. Dans ces institutions, les langues étrangères ne seront autorisées que dans la communication avec des étrangers ou des apatrides. 

Cette nouvelle loi  intervenait dans un contexte de relations incertaines avec la Russie, qui se dit prêtait à renouer les relations avec l’Ukraine après la victoire de Zelensky, tout en prenant la décision d’accorder plus facilement la nationalité russe aux habitants des régions russophones de l’Ukraine. Mais sur le plan des territoires  le président russe  avait déjà laissé entendre de toute façon qu’Odessa et d’autres villes du Sud-Est ukrainien n’avaient pas toujours fait partie de l’Ukraine, à qui elles auraient été cédées «ultérieurement». Selon lui, ces villes faisaient partie de la “Novorossia” («Nouvelle Russie») à l’époque tsariste, qui correspondrait actuellement au sud de l’Ukraine, ainsi qu’à la région du Kouban en Russie et au sud de la Transnistrie…

De là à vouloir les reprendre, il n’y avait qu’un pas…

*d’après  l’étude très complète  de  axl.cefan.ulaval.ca/europe/ukraine-2histoire.htm, que j’ai tenté de résumer.

 

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3 commentaires sur “Petite histoire des faux amis”

  1. Bravo Emma et merci pour cette partie d’histoire essentielle et revelatrice,
    Ta reponse est parfaite nous faisons tous partie d’un grand Tout et sommes bien sur concerneés par les evenements mondiaux dependant de nos cheres planetes!!
    Bises

    1. Merci de cette question.Il faut savoir faire le pont entre les cultures, et les concepts. L’astrologie n’est pas : l’amour, l’argent, le travail,la santé, en résumé, mon petit ego personnel. L’astrologie concerne les être humains et les humains sont impactées par l’environnement. L’astrologie c’est “ce qui est dedans est comme ce qui est dehors, ce qui est en haut est comme ce qui est en bas”, donc nous nous occupons du monde dans lequel nous vivons : notamment quand on fait de l’astrologie mondiale, il est bon de savoir ce qui se passe et de quoi on parle.
      Je fais passer des articles sur l’histoire depuis longtemps, pour que les gens qui ne s’y sont jamais intéressés, prennent en compte, le passé puisque Je fais les thèmes des personnalités politiques; Comme tout le monde j’ai voulu comprendre les enjeux d’une période vraiment difficile, qui va devenir une crise collective qui va nous affecter à plus d’un titre.
      En généalogiste , qui est une branche de l’astrologie, on a noté que le passé revient sous forme de crises personnelles ou collectives. Même si l’on se met la tête dans le sable en fermant les médias, on ne sera pas épargné par les retombées, de même que le covid ne s’est pas arrêté à la frontière, les nuages non plus.Jung disait : ce que nous refusons de voir , nous revient sous forme de destinée. Ce site est un blog, ce n’est pas un forum, c’est un petit journal dont l’orientation est plurielle : articles de développement personnel, dans la mesure où il s’agit d’éclairer nos lanternes.

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