La Vierge face à la désinformation et à la pollution cognitive

L’information relève des signes Gémeaux et  Sagittaire qui sont équivalent à l’axe de maisons III/IX de la communication, et des déplacements, commerce, études, longs voyages pour affaires ou culture, mais  la Vierge a son mot à dire car elle agit comme   une documentaliste, tout en faisant une analyse  critique des données. Concrète et pragmatique elle  décortique l’information trouvée, lue ou entendue avant de la valider. On l’accuse de méfiance, et d’un sens aigu de la critique, car cela dérange les optimistes et les rêveurs. Actuellement et d’une façon générale, il y une grande méfiance en elle.

Or derrière la méfiance envers les nouvelles avancées techniques, il y a  la peur de perdre sa place, de devenir dépendant de systèmes qu’on ne comprend plus, ou d’être supplanter.

Une audition du Sénat cite une enquête IFOP de 2023 selon laquelle16 % des 11-24 ans estiment que la Terre est plate , chiffre montant à 29 % chez les utilisateurs de TikTok  aux États-Unis.*

On les nomme les « platistes », en outre  certains  ont  recours à la Bible pour expliquer que la terre a été créé en sept jours : ce sont les « créationnistes » dont le nombre est probablement encore plus grand.

Le « créationnisme » montre bien jusqu’où peut aller cette méfiance. Pourtant, croire en Dieu n’oblige  nullement à refuser l’évolution**, et de très nombreux croyants l’acceptent parfaitement.

Ce n’est pas le fait de se poser des questions qui est inquiétant, c’est de ne plus accepter aucune réponse dès lors qu’elle vient de la science, tout en accordant sa confiance à des vidéos d’inconnus, simplement parce qu’ils paraissent convaincants. 

Ceci est particulièrement intéressant du point de vue de la désinformation, et c’est le problème de la confusion des registres.

Se demander pourquoi nous ne sentons pas la Terre tourner est légitime, se demander comment la vie est apparue l’est tout autant, mais une question légitime ne rend pas toutes les réponses équivalentes. À un moment donné, il faut aussi accepter ce que l’observation, l’expérience et des siècles de recherches ont permis d’établir.

Le problème commence lorsque l’on demande à un texte religieux de répondre à des questions de physique, de géologie ou de biologie. La Bible peut apporter une réponse sur le sens de l’existence ou sur la place de l’homme dans le monde, et elle a été écrite comme un manuel scientifique pour ce que cela valait à une  époque très lointaine, lorsque la plupart des gens étaient analphabètes.

Parlons de l’IA : ce qui étonne dans son cas, est cette fascination pour les exemples les plus aberrants : on pose à l’intelligence artificielle des questions volontairement absurdes, on recherche la réponse qui fera scandale, puis on la diffuse comme si elle représentait son fonctionnement ordinaire. C’est  le mécanisme que l’on retrouve sur les réseaux sociaux : l’exception spectaculaire devient plus visible que les millions d’usages banals, utiles et parfaitement raisonnables.

On ne peut cependant nier que l’accusation de réponses inappropriées à quiconque se posant  la question du suicide, ait été l’exemple qui a correspondu à la réthorique absurde d’un logiciel mal réglé, et il existe actuellement de vraies affaires et procédures judiciaires concernant les réponses gravement inadéquates de certaines IA  à des personnes vulnérables.

Mais, il y a une différence entre dénoncer une grave erreur et en déduire que l’outil lui-même serait mauvais ou dangereux par nature. On ne condamne pas l’automobile parce qu’un conducteur provoque un accident et, je rappelle que pour conduire on demande une certaine maturité au conducteur, ce qui n’était pas le cas des enfants qui se sont servis de l’IA.

Il faut distinguer les incidents réels des récits qui les grossissent ou les généralisent. Le problème n’est pas de défendre le progrès contre le passé, mais d’éviter de transformer l’un ou l’autre en dogme.

Le résultat de cette accumulation de peur est une méfiance générale accompagnée d’un retour imaginaire vers un passé présenté comme plus sain, plus naturel et meilleur.

Le passé avait des savoir-faire, du bon sens, une capacité d’adaptation au réel qu’il faut se garder de mépriser,  mais il y avait aussi la mortalité infantile, les femmes qui mourraient en couche, les maladies mal soignées, les accidents sans secours, les travaux épuisants et quantité de contraintes comme la durée des journées de travail, la vie des enfants au fond des mines, ce que nous avons un peu tendance à oublier.

Tout est affaire de bon sens, mais il n’y a pas de nécessité à abandonner ce qui fonctionne depuis longtemps, simplement parce que c’est ancien (comme l’astrologie, puisqu’on sait parfaitement que la terre tourne autour du soleil et pas le contraire !).

Si j’ai utilisé la juxtaposition de l’IA, des réseaux sociaux, du « créationnisme » et du « platisme », « pour parler de la nostalgie du passé versus  le progrés en matière de communication comme bouc émissaire-responsable-de-nos ennuis, c’est pour montrer que cela peut être relié par le même mécanisme : la simplification, la répétition d’un récit, puis sa transformation en “vérité” pour ceux qui cessent de vérifier.

Et après réflexion, on arrive à quelque chose de plus large que la simple désinformation : un climat général de polarisation, où les réseaux sociaux récompensent souvent ce qui choque, indigne ou fait peur, exprime de la violence, parce que ce sont les contenus qui circulent le mieux et ceci peut donner l’impression que tout le monde se déteste, alors qu’en réalité une partie de cette violence est amplifiée par les mécanismes de visibilité eux-mêmes.

Nous avons donc créé des outils extraordinairement puissants, mais nous n’avons pas encore complètement appris à organiser humainement leur usage (nota). Les Taïwanais  appellent cela la manipulation cognitive, comme on peut parler également de « Pollution cognitive » à savoir une accumulation continue de contenus orientés, anxiogènes ou trompeurs qui finit par brouiller le jugement collectif. 

Le problème n’est donc pas seulement la technique mais la place que nous voulons laisser à l’éducation, au jugement, à la responsabilité et à l’esprit critique.

 

 

*l’émission d’ARTE du 3 septembre 2026 : Sylvain Chaty y présente bien son livre « Dans la tête d’un platiste ».

**L’Église catholique romaine accepte depuis longtemps   la théorie de l’évolution. Le pape François n’est pas le premier souverain pontife à affirmer publiquement que l’évolution est compatible avec l’enseignement de l’Église, déjà en 1950, dans l’encyclique « Humani Generis », le pape Pie XII déclarait que la doctrine catholique sur la Création pouvait coexister avec la théorie de l’évolution

Parmi tous les principaux groupes religieux aux États-Unis, les protestants évangéliques  sont les plus enclins à rejeter la théorie de l’évolution. Près des deux tiers (64 %) d’entre eux affirment que les êtres humains et les autres formes de vie ont toujours existé sous leur forme actuelle, tandis qu’environ un sur dix (8 %) déclare que les humains ont évolué grâce à des processus naturels. À l’opposé, on trouve les personnes sans affiliation religieuse, dont une majorité (57 %) estime que la vie a évolué par des processus naturels.

 

 

Nota : Pour les mineurs, la  France a bien adopté une loi le 24 août 2026, pour mieux protéger les jeunes sur les réseaux sociaux, mais la disposition principale qui devait interdire leur accès aux moins de 15 ans, a été censurée par le Conseil constitutionnel (Vie Publique) qui finalement récuse ce que j’appellerais la non-assistance à personnes en danger.  Le Parlement avait pourtant longuement travaillé sur cette question, notamment sur les systèmes de recommandation et les contenus susceptibles de nuire au développement des mineurs. (Sénat)