Catherine Ringer, la chanteuse à la voix si particulière dont le couple avec Fred son guitariste, auteur, compagnon, avait une présence scénique originale, et unique a été emportée par un cancer foudroyant dans la nuit du 14 septembre 2026 à quasi 69 ans.
Ce qui caractérisait surtout sa voix, c’était moins la tessiture que l’amplitude et la plasticité : aigus perçants, graves ronds, cris, voix parlée, changements rapides de registre. Elle racontait elle-même qu’à 17 ans, elle avait une voix suraiguë et chantait facilement la Reine de la nuit de Mozart , allant même selon elle « une octave au-dessus en petite clochette » On a dit que c’était une mezzo-soprano très étendue, avec des possibilités de soprano aiguë. C’était cette absence de frontière nette entre les registres qui rendait sa voix si reconnaissable.
Catherine Ringer est née le 18 octobre 1957 à 11 h 10 à Suresnes (Hauts-de-Seine).
Elle avait un Ascendant 6°32 Sagittaire, avec le Soleil à 24°46 Balance et la Lune à 19° Lion. Son enfance est assez singulière et éclaire beaucoup sa personnalité. Son père, Sam Ringer, était un peintre juif polonais, ancien élève des Beaux-Arts de Cracovie, qui avait survécu à plusieurs camps de concentration, dont Auschwitz et Buchenwald. Il parlait très peu de ce qu’il avait vécu mais faisait des cauchemars terribles. Catherine a raconté que ses parents, son frère et elle, vivaient alors dans la même pièce et qu’après une crise de son père, qui fut hospitalisé, sa mère lui révéla son histoire alors qu’elle avait environ 8 ans. Elle dira avoir hérité de cette histoire à la fois, une grande peur intérieure et une extraordinaire volonté de vivre.
Elle est très tôt indépendante : elle commence la flûte vers 4 ans, devient modèle pour des magazines à 8 ans, chante, essaie le conservatoire mais supporte mal la discipline du solfège. Adolescente, elle écoute aussi bien les Rolling Stones que Brassens, Chopin ou Maria Callas.
Elle quitte l’école vers 15 ans, entre dans le théâtre expérimental, danse, chante et joue.
Cette enfance n’est donc pas celle d’une famille conventionnelle : elle grandit dans un milieu artistique, avec un père profondément traumatisé par la guerre et une grande liberté culturelle.
Elle rencontre Fred Chichin en 1979, à 22 ans lors d’une a
udition pour le spectacle Flash rouge. Lui est guitariste ; il dit avoir d’abord été attiré par Catherine elle-même, puis avoir compris immédiatement qu’il avait trouvé « une chanteuse ». Ils commencent presque aussitôt à travailler ensemble, puis fondent ce qui deviendra Les Rita Mitsouko : ils sont à la fois amoureux, parents, compositeurs, producteurs et partenaires de scène. Catherine parlera plus tard de leur relation musicale comme d’un rapport « plein d’étincelle ». Ils ont eu trois enfants : Ginger, Simone et Raoul. Leur couple semble avoir été extrêmement soudé. Catherine a dit qu’ils avaient appris avec les années à ne plus réagir uniquement sur l’impulsion. Leur relation va durer environ jusqu’à la mort de Fred d’un cancer* avec une évolution extrêmement rapide, de l’ordre de deux mois, en 2007. Après sa mort, elle a continué à parler de Fred comme de quelqu’un qui demeurait présent en elle : elle a aussi expliqué que le travail et le retour sur scène avaient constitué une partie essentielle de son deuil.
Catherine Ringer à la cérémonie du 8 mars 2024, lors du scellement de l’inscription de l’IVG dans la Constitution, avait chanté une Marseillaise adaptée, puis elle avait ostensiblement évité la bise d’Emmanuel Macron. Elle a ensuite expliqué qu’elle ne lui en voulait pas politiquement : elle trouvait simplement cette familiarité déplacée dans un moment solennel, disant « Je ne suis pas son pote » et estimant que ce geste relevait un peu trop de la communication présidentielle. Elle disait parallèlement avoir été fière et honorée qu’Emmanuel Macron l’ait invitée à chanter, et qu’il avait même insisté. Ceci disait beaucoup d’elle !
Ce qui paraît particulièrement fort chez elle, est son thème natal lui-même : Vénus conjointe Saturne 11° conjoint à l’ASC 8°, et surtout Pluton carré à l’ASC qui donne déjà une personnalité extrêmement puissante, mais avec une coloration saturnienne très marquée sur le temps, le vieillissement et la capacité à tenir malgré les épreuves.
Puis on étudie les transits du jour de sa disparition :
Saturne en Bélier travaillait l’axe IV–X, fondations, maison intérieure, vieillissement, retrait, opposé exactement à son Jupiter natal maitre d’ASC, le rapport à la carrière et à l’image publique, Neptune début
Bélier, également sur le le Fond du Ciel natal a pu correspondre à une période d’effacement, de fatigue, de dissolution d’anciens repères ou de grande sensibilité qui donne envie de baisser les bras.
Saturne et Neptune était en FC, Uranus entrait en MVII en opposition à l’ASC, les passages de Jupiter en Cancer puis en Lion, ont activé sa MVIII puis sa Lune natale à 19° Lion. Ici on touchait beaucoup plus directement à l’intime, à la vitalité émotionnelle et aux questions de transformation profonde.
Pluton à 1°47 Vierge carré ASC 6°32 Sagittaire peut très bien décrire une existence où la personne est régulièrement confrontée à des expériences de pertes, deuils, ruptures irréversibles, transformations profondes prend d’autant plus de relief lorsqu’ on pense à l’histoire du père, aux camps, puis à celle de Fred Chichin. Cependant, le transit actuel de Pluton en Verseau en trigone ne réactivait pas le carré natal mais son amas en maison X, qui parle de la situation sociale (mais aussi du père, de celui qui le remplace)
Uranus en Gémeaux, en revanche, beaucoup plus sensible parce qu’il entrait dans sa MVII sedirigeait vers l’opposition exact à l’Ascendant, à Saturne 11°06 conjoint à Vénus 9°31 maitre des planètes en Balance maitres du Soleil, Jupiter, Mars, Mercure, conjoints Neptune avec de plus Vénus transitant Neptune à ce moment-là, ce qui peut à la fois donner à un artiste de l’inspiration, mais également une sensibilité exacerbée.
Que dire de Jupiter en transit, le protecteur qui est le maitre de son ASC en MVIII ? L’image exclusivement bénéfique de Jupiter est trop simplificatrice ; par expérience Jupiter est dangereux, car il est souvent très ostensiblement présent dans les thèmes de décès ou de crises, contrairement à son symbolisme positif, parce qu’il amplifie ce qu’il touche sans discerner si ce contenu est heureux ou difficile : aussi s’il est conjoint à la lune en Lion en MVIII, il peut s’agir d’un retour des mémoires du passé.
La Lune à 19° Lion était en MVIII, conjointe à Uranus natal en VIII , le passage de Jupiter sur cette Lune a pu amplifier tout le contenu de la MVIII.
L’expression retour du passé paraît particulièrement forte ici Jupiter, peut évoquer une grande amplification des contenus de la VIII : héritage psychique, perte, dépouillement, transformation, retour de ce qui appartient au passé familial ou affectif et puisque c’est la Lune qui est touchée, tout ce qui concerne la mémoire, la sécurité intérieure et les attachements anciens peut revenir avec beaucoup de force.
Autrement dit, cette combinaison Lune–Uranus en VIII, Vénus-Saturne-ASC en MI, Pluton natal carré ASC, avec activation de l’axe MI–VII par Uranus et de la MVIII par
Jupiter autour de 17–18° Lion, signifierait que le maître du corps traverse la maison VIII et vient pratiquement rejoindre la Lune natale à 19° Lion en conjonction très serrée.
L’axe nodal Verseau–Lion ajoute quelque chose de remarquable : le Nœud Nord vient d’entrer en Verseau, donc le Nœud Sud en Lion allait progressivement traverser son secteur VIII et rejoindre également sa Lune natale indiquant détachement d’un passé émotionnel, liquidation d’un héritage, séparation d’un ancien ancrage.
Jupiter maître d’ASC précèdant le Nœud Sud sur la Lune en VIII pourrait presque parler d’une dernière expansion de la mémoire et du passé avant le détachement, ce qui est nettement plus signifiant que de considérer Jupiter comme simplement bénéfique.
La dernière remarque que je voudrais faire à propos du rapport entre la maladie qui survient brutalement et qui semble toujours n’avoir été causée que par une faiblesse du corps, est qu’elle est – selon les somatologue – la manifestation d’une injonction contradictoire entre soi et soi enclenchant à un moment donné le commencement de la fin. Ceci a été très soigneusement étudié notamment dans les phénomènes de cancer et commence à être entendu par les medecins.
*Il souffrait depuis plusieurs années d’une hépatite C, qui l’avait déjà fortement affaibli à partir de 2002. L’origine de son hépatite C est particulièrement intéressante. Fred avait lui-même expliqué appartenir à une génération très exposée à ce virus. Des témoignages rapportent qu’il avait vendu son sang en Espagne lorsqu’il voyageait sans argent et qu’il reconnaissait également avoir pu être contaminé par l’usage de drogues injectables. On sait par ailleurs qu’avant sa rencontre avec Catherine il avait connu la drogue dans le milieu rock des années 1970-1980. En 2007, Fred pensait avoir vaincu son hépatite C et parlait encore de son combat comme d’une victoire quelques mois plus tard, le cancer du foie était diagnostiqué et l’emportait très rapidement. Catherine Ringer avait chanté Marcia Baïla , écrite en hommage à la danseuse Marcia Moretto, morte elle aussi d’un cancer.
Ref : Le monde.fr, Télérama, lejdd.fr
