
La subjectivation est le processus par lequel une personne devient progressivement le sujet de sa propre pensée et de ses choix. Elle ne cesse pas d’être influencée par les autres, mais elle apprend à distinguer ce qui lui appartient de ce qu’elle a emprunté à son entourage.
La difficulté de subjectivation : la personne peine à affirmer une position véritablement personnelle, l‘identification : elle adopte les idées, les valeurs ou les attitudes d’une figure qu’elle admire, la dépendance à la validation extérieure : elle a besoin de s’appuyer sur l’autorité ou le prestige d’autrui pour donner du poids à ses propres affirmations.
On parle de complexe de subjectivation, lorsque la personne a des difficultés à sentir ce qu’elle veut vraiment, à se positionner sans se définir prioritairement par l’autre, à exister sans validation relationnelle. Ceci concerne particulièrement le signe de la Balance.
Le sujet peut alors vivre une impression de devoir se renier pour être aimé, ou au contraire de devoir rompre le lien, pour se sentir exister. La subjectivité se construit contre ou à travers l’autre, rarement avec l’autre.
Le mécanisme psychique typique est que l’identité se construit en réaction. Le « je » n’est pas vécu comme stable, mais dépendant du regard, du désir ou de la demande de l’autre et il y a projection massive sur le partenaire qui domine, ou qui empêche d’être soi.
Cela créé une oscillation relationnelle avec alternance fréquente entre fusion/dépendance, opposition /rupture /solitude revendiquée. Ce va-et-vient est typique d’un sujet qui n’a pas encore intégré l’altérité sans s’y perdre. Tant que l’opposition reste vécue sur un mode inconscient, le sujet cherche l’autre pour se définir, puis lui reproche d’entraver son identité. C’est là que se situe un conflit de subjectivation.
Cela n’invite pas à choisir un camp, mais à être sujet avant d’être partenaire, reconnaître l’autre sans s’y dissoudre, accepter que le lien ne valide pas l’existence, mais la met en relation.
Quand l’opposition est intégrée, le moi devient plus stable, la relation cesse d’être un lieu de lutte identitaire, l’autre n’est plus un miroir tyrannique, mais un vis-à-vis.
Comment résoudre un conflit de subjectivation ?
Il se transforme dans la manière dont le sujet se positionne face à lui : au début de la vie durant l’enfance, le conflit est subi, il agit à notre insu , il produit des réactions automatiques – se taire ou , exploser – et au début de l’âge adulte, on se tait, on s’ajuste.
Plus tard, vers 30–45 ans, cela devient plus conscient, la parole est plus tranchante, il y a refus de se plier et, il y a, quelquefois, coupures dans les échanges, rigidification ; on dit que la personne commence à exister, mais contre l’autre.
Ce conflit, s’il est reconnu, peut être travaillé : arrive alors l’ intégration réelle, avec la capacité à rester dans la relation sans se dissoudre, sans attaquer, sans fuir ; le sujet existe avec l’autre.
La résolution ne passe pas par une technique, mais par trois « déplacements », intérieurs ou changement d’angle de vue.:
Désidentifier la pensée « mes idées ne sont pas mon être » et tolérer la contradiction : « l’autre peut penser autrement sans me menacer », Renoncer à maîtriser l’issue : une discussion peut rester ouverte.
La résolution ne consiste pas à adoucir la pensée, mais à ne plus vivre la pensée comme une arme ou une défense.
On sait que cela se résout lorsqu’on peut écouter sans se crisper, répondre sans couper, rester sans convaincre, laisser l’autre être différent.
La question du “je » face à « l’autre” peut devenir une tâche centrale de vie, soit dans le réel relationnel, soit dans la structuration intérieure. Dans certains cas, le sujet peut croire qu’il a compris avant de réellement pouvoir agir.
Redit autrement, la subjectivation consiste à reconnaître ses propres identifications, en garder certaines, en transformer d’autres, et surtout pouvoir dire : “cela fait partie de moi, mais ce n’est pas tout moi” car « si je ne sais pas qui je suis, je m’adapte, je me définis par l’autre, je n’ose pas me positionner ».
On va penser « je sais ce que je pense… mais je ne supporte pas qu’on me contredise. » Ce n’est pas un manque d’identité. C’est une difficulté à être quelqu’un face à l’autre.
On pourra alors parler de complexe. Mais dans la réalité, ces deux attitudes peuvent s’entrelacer. Il peut y avoir un conflit de subjectivation, sans manque d’identification.
C’est une difficulté dans la vie entière du sujet lors des prises de décisions, et cela peut se prolonger dans son rôle au sein de la société, mais n’arrivent pas à soutenir le désaccord, coupent la relation, ou évitent la confrontation.
Attention : citer son père ou son frère ne suffit pas à démontrer cette difficulté. Ce qui compte, c’est le caractère systématique de cette référence et l’incapacité éventuelle à défendre une opinion sans elle.
En astrologie, on situe cela dans les axes MI/VII fortement activés (chargés de planètes ayant un rôle important dans le thème personnel, et/ou avec une interception en MI/MVII). Je choisis l’exemple de Madonna parce que la photo, et l’histoire de Madonna et de Marie Pol est parlante.
Madonna , était nœud nord Balance, elle part d’une base familiale, karmique, Bélier , mais sa lune noire en Bélier est conjointe au nœud sud, (avec pour maitre Mars en Taureau – terre, fixité, fidélité – au MC , vocation). Cela lui confère en partie cet aura de femme fatale , presque virile, magnétique qu’elle a accentuée par son style . Soleil conjoint Pluton sur un ASC Lion avec Uranus – la liberté – fait le reste. La polarité qui existe entre les deux signes yang, fait qu’il y a toujours de l’un dans l’autre dans la plupart des cas.
« L’autre » en Balance au nœud nord est conjoint Jupiter, conjoint Neptune en Scorpion, ce qui crée le climat érotique de ses apparitions sur scéne. au début de sa carrière, elle a peut-être pu s’identifier à son premier coach, la styliste française – Maripol* , à moins que ce ne soit le contraire, puis elle a finit par totalement la délaisser pour choisir les costumes du créateur, Jean-Paul Gaultier, qui avait cependant une certaine parenté avec ceux de Mari-Pol. Pourtant Maripol n’était pas simplement une styliste engagée pour habiller Madonna. Elle avait participé à la création de son identité visuelle, à une époque où Madonna était encore une jeune chanteuse cherchant à s’imposer. Leur complicité dépassait le cadre d’une prestation professionnelle ordinaire. Maripol déclarait en 2007 qu’elles s’étaient revues au fil des années, que Madonna l’invitait à ses spectacles et qu’elle lui manquait. En 2010, elle disait encore regretter « sa petite Madonna d’autrefois ».
On voit dans l’axe MI, le je , et MVII, l’autre, une opposition très forte entre une conjonction ASC Soleil-Uranus qui indique une forte personnalité et un ego fort, tel qu’on l’a connait face au public, original, atypique, et Chiron en MVII où on lit le défi de connaitre l’autre.
Donc les deux axes Bélier-Balance et MI/MVII combinés expliqueraient une personne qui a une identification, mais dont le rapport à l’autre est un challenge. On peut penser, qu’il a pu y avoir un conflit de subjectivation, sans manque d’identification. Par la suite, elle a adhérée à des mouvements ésotériques qui ont été discutés (voir nota).
On distingue donc trois étapes dans son parcours : d’abord une identification esthétique, puis une affirmation artistique à travers des collaborations successives, enfin une recherche spirituelle qui l’amène à adopter un nouveau système de références.
Ce parcours ne démontre peut être pas objectivement un complexe de subjectivation. Il pose plutôt une question : Madonna se construit – elle en empruntant successivement des identités, ou utilise-t-elle ces identifications pour élaborer une identité qui lui appartient ? Les deux mécanismes ne sont pas incompatibles.
L’identification constitue d’ailleurs une étape normale de la construction du sujet. On commence souvent par admirer, imiter ou adopter les valeurs d’une personne avant de les transformer en une expression personnelle. La difficulté de subjectivation apparaît lorsque l’individu demeure dépendant de ses modèles et ne parvient pas à penser, décider ou agir sans leur autorité, or Madonna a montré une grande capacité à réinterpréter les influences reçues. Il serait réducteur de déduire de ses changements d’apparence une absence d’identité personnelle. En revanche, elle semble avoir cherché, au-delà de ses transformations extérieures, un principe de continuité intérieure.
Et il y a un paradoxe chez Madonna : une femme devenue célèbre en changeant constamment d’image finit par rechercher une vérité qui ne dépend plus de l’image qu’elle donne d’elle-même.
Nota : Madonna commence à fréquenter le Kabbalah Centre de Los Angeles en 1996, à l’initiative de son amie, l’actrice Sandra Bernhard. Il faut distinguer la Kabbale traditionnelle, qui constitue un ensemble complexe d’enseignements mystiques juifs, et la version popularisée par le Kabbalah Centre. La Kabbale traditionnelle s’intéresse notamment aux relations entre le divin, la création, l’âme humaine et les différentes dimensions de l’existence. Elle accorde une grande importance au Zohar, texte majeur de la mystique juive. Le Kabbalah Centre en propose une approche davantage orientée vers la transformation personnelle, le dépassement de l’ego et la recherche d’un sens spirituel aux épreuves. Cette adaptation a suscité des critiques, de la part de spécialistes et de représentants du judaïsme traditionnel, qui lui reprochent une simplification ou une commercialisation de la Kabbale. Los Angeles Times
Ce mouvement avait été développé par Philip Berg et son épouse Karen Berg, avec l’ambition de rendre accessibles à un large public des enseignements traditionnellement réservés à des cercles d’étude juifs. Madonna suit notamment l’enseignement d’Eitan Yardeni, qui devient son guide spirituel. Elle assiste à des cours, étudie des textes religieux, participe à des cérémonies et choisit le prénom hébraïque Esther. Son engagement est sérieux et durable, contrairement à l’image d’une simple mode adoptée par une célébrité. Los Angeles Times
Madonna a été élevée dans le catholicisme. Sa mère est morte d’un cancer lorsqu’elle était enfant, une disparition qui a profondément marqué son histoire personnelle. En 2004, elle explique avoir choisi le prénom Esther notamment pour se rattacher symboliquement à une autre énergie que celle associée au prénom hérité de sa mère. Los Angeles Times
En 2009 Madonna raconte que, malgré la célébrité et la réussite, elle éprouvait un manque et recherchait un sens plus profond à son existence. Elle explique que l’étude de la Kabbale l’a conduite à ne plus considérer sa vie comme une succession d’événements aléatoires. CBS News. C’est très proche de la recherche d’une logique qui préexiste aux événements de l’existence.
Son intérêt ne s’est pas limité aux années 2000. En 2025, elle évoquait encore publiquement ses études spirituelles.
