Le renoncement n’est pas toujours une faiblesse mais quelquefois une force, une sagesse dans un monde de compétitions injustes. Lorsqu’on mesure ce qui se produit actuellement au niveau des l’arrière boutique, pour avoir la célébrité et l’argent, on peut penser que comme dirait Voltaire, « il vaut mieux cultiver son jardin » . Il est bon de savoir que la réalité n’aurait pas toujours été à la hauteur du rêve, et sans doute source de beaucoup de compromissions.
Le véritable renoncement, c’est de cesser de croire que tout dépend de nous car s’il y a des combats qu’il faut mener jusqu’au bout, tandis que pour d’autres la véritable victoire consiste à accepter que l’on ne peut pas gagner seul.
Cependant, parce que nos sociétés valorisent la conquête permanente, la visibilité, la réussite spectaculaire, la compétition et le dépassement de soi, dans bien des cas savoir renoncer à certains fantasmes peut représenter une forme de maturité intérieure : non pas renoncer à vivre ou à créer, mais renoncer à l’idée qu’une réussite extérieure réparera toutes les blessures intérieures ou donnera enfin un sentiment de complétude absolue.
Beaucoup de personnes poursuivent un idéal imaginaire : reconnaissance totale, amour , carrière exceptionnelle, liberté sans limites, comme si l’existence devait forcément correspondre au rêve d’adolescent, mais la réalité humaine est faite de limites, de contradictions, de fatigue, de pertes, et aussi d’instants simples, qui n’ont rien de spectaculaires, mais constituent pourtant le tissu réel de la vie.
On voit en ce moment à quelles compromissions avec leur propre valeurs, et même au dépend de leur santé mentale, certaines et certains peuvent être poussés pour arriver.
Apprécier ce que la vie donne n’est pas de la résignation molle, cela peut devenir une manière de retrouver une relation plus juste au réel. Certaines personnes obtiennent ce qu’elles désiraient et, découvrent ensuite que cela ne guérit ni l’angoisse, ni le vide, ni le sentiment d’insatisfaction : la célébrité, le talent ou le succès ne protègent absolument pas contre l’immaturité affective, les addictions, l’autodestruction ou le sentiment de manque. La question qu’il faut se poser est :
est-ce que cela va me rendre plus heureux ? D »ailleurs un proverbe dit : malheur à toi si tu obtiens ce que tu désires !
Cette idée rejoint aussi une vérité plus philosophique : le désir a tendance à idéaliser ce qu’il ne possède pas. Tant qu’un rêve reste inaccessible, il peut sembler absolu mais une fois atteint, il redevient humain, donc imparfait. Beaucoup découvrent alors que ce qu’ils cherchaient réellement n’était pas l’objet du rêve lui-même, mais un sentiment intérieur de reconnaissance, de sécurité ou d’amour. C’est pourquoi certaines personnes finissent par trouver davantage de paix dans une vie plus simple, plus limitée extérieurement, mais plus habitée intérieurement.
Dans un monde de compétitions souvent injustes, où tout pousse à se comparer, savoir dire « cela ne valait peut-être pas le prix de mon équilibre », peut effectivement devenir une force plutôt qu’une faiblesse, parce qu’un échec mal digéré suppose généralement qu’on continue intérieurement à croire que l’objectif perdu, aurait forcément apporté le bonheur, la valeur ou l’accomplissement.
Le renoncement mature est différent : il correspond au moment où une personne comprend lucidement le coût réel d’un désir, d’une ambition ou d’une relation, et décide consciemment que ce prix n’est plus acceptable pour son équilibre intérieur.
Il ne s’agit pas toujours d’impuissance, mais parfois d’un déplacement des priorités. Avec l’âge ou l’expérience, certaines personnes découvrent que préserver sa santé psychique, son intégrité, ses liens affectifs, son temps ou sa paix intérieure a plus de valeur qu’une victoire sociale obtenue dans l’épuisement, la rivalité permanente ou la dépendance au regard des autres.
Dans certaines situations, continuer coûte que coûte relève davantage de l’orgueil, de la compulsion ou du refus du réel que du courage.
Le renoncement peut alors devenir une intelligence des limites : accepter qu’un rêve ne corresponde plus à ce que l’on est devenu, reconnaître qu’un milieu est toxique, qu’une compétition est biaisée, qu’une relation détruit plus qu’elle ne nourrit, ou simplement que l’on ne veut plus sacrifier toute sa vie à une quête incertaine, demande souvent plus de maturité que d’acharnement.
Cela suppose de renoncer aussi à certaines illusions narcissiques : l’idée qu’il faudrait absolument “réussir”, “prouver”, “briller”, ou être validé par une instance extérieure pour avoir de la valeur.
Il existe d’ailleurs une différence profonde entre résignation et renoncement. La résignation est souvent subie, amère, écrasée ; elle conserve le regret et le sentiment d’injustice tandis que le renoncement mature, lui, contient une part d’acceptation active. On cesse de lutter contre ce qui n’a plus de sens ou n’est plus vivable, afin de réinvestir autrement son existence.
Ce type de choix peut même ouvrir une forme de liberté intérieure, parce qu’il libère de la dépendance à un idéal inaccessible ou destructeur.
