On parle encore et encore de la liberté, et de l’émancipation de la femme* – comme si c’était éternellement une adolescente – qui est une demande légitime du fait de son rôle essentielle dans la condition humaine, cependant : actuellement, ce serait le plus souvent au détriment des liens, déplorent les familles.
On peut se faire l’avocat du diable, en cochant les cases qui montrent le tort qu’un courant extrémiste fait à la société qui devient de moins en moins collective et solidaire, et qui fait que beaucoup d’hommes semblent ne pas vraiment pouvoir s’adapter, d’où l’émergence d’un courant masculiniste très agressif, qui peut faire reculer les d’avancées qui ont eu lieu depuis 68 en France, en Italie ou en Espagne.
Face aux critiques des unes et des autres que peut-on dire sur l’émancipation de la femme, face au patriarcat dont on peut avoir souffert dans certaines familles, emplois, partenariats, ou couple ?
Comment gagner en liberté sans détruire le lien ? Si j’ai mis B. B. comme illustration, qui n’a rien caché de ses préférences au risque de choquer , c’est qu’elle fut sans conteste la première femme populaire à signifier qu’elle allait s’assumer et assumer ses décisions, sans l’aide du sexe masculin, mais sans non plus le détester.
L’émancipation, c’est devenir sujet de ses choix, sortir de la soumission, de la peur ou de la dépendance. Mais il faut assumer le coût de sa liberté, et rester responsable de ce que l’on laisse derrière soi. Une personne émancipée peut dire non sans accuser, peut partir sans diaboliser, peut transformer sa vie sans réécrire moralement le passé, et reconnaître ce qu’elle a reçu, même imparfaitement. L’émancipation ne nie pas la dette , elle la dépasse, mais elle ne l’efface pas. C’est une liberté adulte.
Le désengagement, lui, fonctionne autrement : dès que le lien coûte, on se retire, la contrainte est lue comme une injustice, l’autre devient responsable de mon malaise, le passé est relu négativement pour justifier la rupture.
Le désengagement dit si je souffre, c’est que l’autre a fauté. Il ne transforme pas le lien.
Il le quitte, puis le disqualifie. C’est une liberté sans responsabilité.
Aujourd’hui, on appelle très souvent émancipation ce qui est en réalité une sortie de l’effort, un refus de la charge relationnelle ordinaire, une intolérance à l’asymétrie, or tout lien durable est asymétrique à certains moments. C’est normal. C’est la vie. Quand cette réalité est niée, le désengagement se pare des habits de la vertu.
La différence se voit surtout dans ce qui est transmis aux enfants
L’émancipation transmet la capacité à dire non sans casser, le sens de la responsabilité, la possibilité de traverser les conflits, la reconnaissance d’un temps long.
Le désengagement transmet l’idée que l’amour est conditionnel, que la relation est jetable, que partir dispense de comprendre que la souffrance autorise tout.
Or les enfants, qui nous regardent, n’apprennent pas seulement ce qu’on leur dit. Ils apprennent comment on quitte, comment on reste, comment on parle de l’autre.
Une phrase résume tout : l’émancipation transforme le lien. Le désengagement s’en extrait. L’une demande du courage, de la lucidité, du travail intérieur, l’autre demande surtout… de partir.
Pourquoi cela heurte autant les anciennes générations ?
Parce qu’elles ont appris que la liberté se paye, le lien se travaille, et que rompre n’efface pas ce qui a été vécu. B.B l’avait bien compris, femme s’il en fut, libre et indépendante : elle ne se disait pas féministe mais se voulait féminine, libre mais responsable de ses choix de vie.
Aujourd’hui le désengagement est présenté comme une victoire morale, et la fidélité faiblesse, c’est un renversement de valeurs, mais nommer cette différence ne veut pas dire : nier les violences réelles, minimiser les injustices, défendre des situations intenables.
La liberté consiste à intérioriser un cadre suffisamment solide pour ne plus avoir besoin qu’on vous dise qui vous êtes.
*à Nice, le Carnaval inaugure une reine, pour la première fois avec le thème de la femme, et des guerrières.
