Pensée positive versus réalisme positif

Ce texte exprime un opinion, qui n’est pas forcément la mienne, mais elle est intéressante, et réaliste.

Il existe un courant qui transforme la pensée positive, initialement assez banale et  utile, en une véritable injonction morale : il faudrait penser positivement, éliminer les pensées négatives et considérer que notre état d’esprit détermine largement ce qui nous arrive. 

Il faut distinguer plusieurs niveaux.

La pensée positive classique, popularisée – notamment au XXᵉ siècle par Norman Vincent Peale – consiste à cultiver confiance, optimisme et persévérance.  La psychologie montre d’ailleurs que l’optimisme peut favoriser la capacité à faire face aux difficultés.

Mais une autre conception va beaucoup plus loin : nos pensées créeraient notre réalité.

On la retrouve dans le New Thought américain, puis dans certains courants de développement personnel et, sous une forme très populaire, dans la  loi de l’attraction : penser intensément à la réussite, à l’amour, à la santé ou à l’argent  attire ces réalités.

Mais la pensée positive peut devenir dogmatique : si vous réussissez, c’est que vous avez correctement pensé, mais si vous échouez, c’est que vous avez douté, entretenu des pensées négatives ou envoyé de  mauvaises vibrations : l’échec lui-même est utilisé comme preuve que l’individu n’a pas suffisamment appliqué la théorie.

Cela produit une conséquence assez redoutable : la responsabilité se transforme en culpabilité. Une personne malade, endeuillée, pauvre,  victime d’une situation injuste risque de se voir implicitement renvoyer la responsabilité de ce qu’elle subit :  « Tu attires ce que tu émets , change tes pensées,  ne nourris pas le négatif. » Les circonstances matérielles, sociales, familiales, économiques ou simplement le hasard passent au second plan.

C’est précisément ce que la sociologue américaine Barbara Ehrenreich a vivement critiqué dans Bright-sided (2009, traduit en français sous le titre Smile or Die dans certaines éditions étrangères). Atteinte d’un cancer du sein, elle avait été frappée par l’injonction faite aux malades de considérer leur maladie comme une expérience positive, voire comme une occasion de transformation personnelle. Son objection  : souffrir n’est pas une faute de pensée, et reconnaître une réalité pénible n’est pas du pessimisme.

Le dogme possède aussi une dimension sociale intéressante : dire à quelqu’un  « change ton regard »  peut être pertinent lorsque le problème vient réellement d’une interprétation excessive ou anxieuse, mais appliqué systématiquement, cela revient à psychologiser des problèmes qui existent objectivement. Un emploi précaire ne devient pas stable parce qu’on le regarde positivement, un conjoint violent ne cesse pas de l’être parce qu’on travaille sur ses  vibrations, un deuil ne disparaît pas parce qu’on refuse les pensées négatives, une maladie ne disparait pas parce qu’on est courageux : être sommé de se battre, peut paraitre puérile quand on est dans le coma, comme on l’entend souvent dans quantité de films. En fait, cela entretient surtout ceux qui sont autour dans l’espoir d’une amélioration (il faut se rappeler de cette maman qui ne voulait pas qu’on débranche son fils, après des années de coma).

En outre, vouloir supprimer systématiquement les émotions négatives, revient à supprimer une partie des mécanismes qui nous protègent, car  la peur signale un danger, la colère peut signaler une injustice ou une limite franchie, la tristesse accompagne la perte, le doute oblige à vérifier, et le pessimisme ponctuel permet parfois d’anticiper un risque (cela peut-être ue intuition). Une vie psychique équilibrée n’est donc pas une vie dans laquelle tout est positif, mais une vie dans laquelle les émotions agréables et désagréables peuvent toutes apporter une information.

C’est pourquoi certains psychologues préfèrent aujourd’hui parler de flexibilité psychologique plutôt que de pensée positive : je peux reconnaître que quelque chose va mal sans conclure que tout ira mal, je peux espérer sans nier la réalité, je peux agir sur ce qui dépend de moi sans m’attribuer la responsabilité de ce qui ne dépend pas de moi.

Une frontière existe entre optimisme et dogme positif : l’optimisme dit  « malgré cette réalité difficile, cherchons ce que nous pouvons faire », le dogme dit  « si cette réalité est difficile, c’est que vous ne pensez pas correctement ». Cette seconde proposition n’est plus seulement une manière de voir la vie  mais devient une morale de la réussite et du bonheur, dans laquelle être malheureux finit presque par constituer une faute.

Pensée positive  versus  réalisme positif  permet de conserver ce qu’il y a d’utile dans l’optimisme sans tomber dans son versant dogmatique.

La pensée positive lorsqu’elle devient une doctrine, part de l’état intérieur : si je pense positivement, j’influence favorablement ce qui va m’arriver. Elle tend donc à corriger la perception du réel lorsqu’il est désagréable : ne pas  nourrir  le négatif, visualiser la réussite, transformer l’épreuve en opportunité mais poussée trop loin, elle finit par confondre « ce que je souhaite, ce que je pense, et ce qui existe réellement. »

Le réalisme positif fait exactement le mouvement inverse : partir du réel, y compris lorsqu’il est mauvais, puis chercher ce qui reste possible. Il ne dit pas :  cela va bien se passer, mais :  voilà la situation telle qu’elle est ; qu’est-ce que je peux encore en faire ? Il accepte donc l’échec, le conflit, la maladie, la vieillesse, la perte, les limites personnelles ou celles des autres sans exiger qu’on leur trouve immédiatement un sens positif.

La différence essentielle tient à la place accordée au négatif. Dans la pensée positive dogmatique, le négatif devient quelque chose qu’il faudrait chasser. Dans le réalisme positif, il constitue une information dont il faut tenir compte.

On peut parfaitement constater :  cette relation est mauvaise ,  cette personne ne changera probablement pas ,  j’ai perdu quelque chose qui ne reviendra pas , sans sombrer pour autant dans le pessimisme. Le réalisme consiste précisément à cesser d’attendre du réel ce qu’il ne peut plus donner, afin de consacrer son énergie à ce qui demeure possible. La pensée positive cherche à rendre le réel conforme à l’espérance : le réalisme positif cherche dans le réel les raisons et les moyens de continuer à espérer.

Et cela rejoint l’ idée que  renoncer n’est pas nécessairement échouer. Dans un réalisme positif, renoncer à une attente devenue irréaliste, peut au contraire constituer une décision lucide qui libère l’action ailleurs.

Pour conclure, on devinera aisément qu’il s’agit pour les astrologues d’une disposition d’esprit natale qui se travaille – il n’est pas question d’être fataliste – mais qui dépend énormément de la proportion de planètes en signe de terre qui sont axées sur le réalisme, tandis que les planètes en signes de feu , d’air, seraient sans doute plus axées sur une « vision », et   en signe d’eau sur les vibrations de la « pensée magique ».

Il faudrait faire le théme de Barbara Ehrenreich !

J’ai personnellement observé la loi de l’attraction dans le quotidien, mais cela ne veut pas dire que ce soit suffisant et qu’il faille rester les bras balants en attendant que cela tombe du ciel, car on  a aussi cette maxime : « aides-toi, le ciel t’aidera » : assorti de la pensée positive cela peut donner de bons résultats.

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