Le bon sens du Tao nous aiderait à faire face aux défis

La naïveté est de croire qu’une intention juste garantit un résultat juste.

La philosophie du Tao,  attribué à Lao-Tseu,  repose sur l’idée qu’il existe un ordre naturel du monde, le Tao, que l’on peut traduire par  la Voie .

Il ne s’agit ni d’un dieu ni d’une doctrine, mais du  fait d’alternances, de transformations et d’équilibres.

La sagesse consiste moins à vouloir maîtriser les événements, qu’à s’accorder avec leur mouvement, en évitant de forcer ce qui ne peut l’être. C’est le sens du wu wei,   qui signifie  agir sans contrainte inutile, au moment juste et de la manière juste.

Le Tao valorise la souplesse plutôt que la rigidité, l’humilité plutôt que la domination, la simplicité plutôt que l’accumulation, et considère que les contraires ne s’excluent pas mais se complètent : le yin et le yang, le plein et le vide, la force et la faiblesse, l’action et le repos. L’eau en est une image essentielle : elle est douce, elle ne lutte pas, elle contourne les obstacles, mais elle finit pourtant par user la pierre.

Le Tao invite donc à moins imposer sa volonté au réel, mieux observer, accepter les transformations et distinguer ce qui dépend véritablement de notre action de ce qu’il est plus sage de laisser suivre son cours.

Or la pensée occidentale est devenue de plus en plus binaire : dans une société très polarisée, on ne supporte plus facilement le  « oui, mais », le doute, le second degré ou l’idée que deux vérités puissent coexister. Par exemple, au niveau du réchauffement climatique, on cherche une solution moralement pure : supprimer l’élevage, électrifier les voitures, développer telle énergie, interdire telle pratique, or chaque solution possède à son tour un coût, des contraintes matérielles et parfois des contradictions. 

Il ne s’agit  pas d’être végan, favorable au nucléaire ou pas,  de transformer un choix partiel en solution universelle, sans considérer les sols, les rendements agricoles, les réseaux électriques, les matières premières, l’aménagement du territoire ou les différences entre les régions, l’eau disponible.

C’est précisément là que la pensée du Tao apporte quelque chose : elle se méfie des oppositions absolues, considère que toute action modifie un équilibre et qu’en poussant une solution à l’extrême, on peut produire l’effet inverse de celui recherché.

Elle invite moins à choisir entre  le bons  et  le mauvais  qu’à regarder les interactions, les limites et les conséquences.

La sagesse serait de comprendre qu’une société complexe ne se gouverne ni par des slogans ni par une solution unique, mais par des équilibres toujours imparfaits et constamment à réajuster. Dans ce cas, on s’apercevrait que l’argent n’est pas le moyen principal, mais que ce sont souvent des solutions simples qui sont valables, que l’entre-aide est une ressource nécessaire,  que les réglementations qui s’empilent sont suivies d’effets pervers et qu’il faut laisser la parole et l’action aux gens simples mais efficaces qui connaissent leur affaire, sans idéologies dévorantes.

 

 

Nota : Lao-Tseu est traditionnellement situé au VIᵉ siècle avant notre ère, à peu près à l’époque de Confucius, mais son existence historique reste incertaine : certains chercheurs pensent que le Tao Te King a été composé progressivement entre les IVᵉ et IIIᵉ siècles av. J.-C. La philosophie taoïste s’est développée surtout en Chine, puis a profondément influencé une partie de la culture chinoise, notamment la médecine traditionnelle, les arts martiaux, la peinture, la poésie, les pratiques respiratoires et certaines formes de méditation. Elle est pratiquée aujourd’hui par des taoïstes religieux, principalement en Chine, à Taïwan, à Hong Kong et dans les communautés chinoises d’Asie, mais sa philosophie dépasse largement la religion : beaucoup de personnes s’inspirent du Tao sans se dire taoïstes, notamment dans le taï-chi, le qi gong, la méditation ou certaines approches de la médecine chinoise. Il existe d’ailleurs deux dimensions qu’il vaut mieux distinguer : le taoïsme philosophique, associé surtout à Lao-Tseu et Zhuangzi, qui réfléchit à la manière de vivre en accord avec le cours naturel des choses, et le taoïsme religieux, apparu plus tard, avec ses temples, ses rites, ses prêtres et ses divinités.

 

 

 

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